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Aux marges de l’affrontement de classe

Face aux manœuvres patronales tendant à diminuer les salaires, et après d'éventuels reculs ouvriers, Adam Smith voit se manifester le mouvement inverse :
« Cependant, à de telles coalitions s'oppose fréquemment une coalition défensive des ouvriers qui, quelquefois aussi, sans aucune provocation de ce genre, se coalisent de leur propre mouvement pour augmenter le prix de leur travail. »

À la discrétion des menées patronales qui se doivent de ne pas susciter inutilement la colère de la "poule aux œufs d'or", répondent la vivacité et puis, bientôt, le bruit et la fureur des ouvriers, puisque, comme le constate Adam Smith  :
« Pour en venir à une décision rapide, ils ont toujours recours aux clameurs les plus bruyantes, et quelquefois à la violence et aux outrages les plus révoltants. »

C'est qu'à cet instant, il s'agit tout bonnement pour certains de sauver leur peau et le pain de leurs proches :
« Ils sont aux abois et agissent avec la déraison et les excès d'hommes poussés à bout, qui n'ont d'autre alternative que de mourir de faim ou d'obtenir par la terreur que leurs maîtres satisfassent sans délai leurs revendications. »

Adam Smith montre alors quel appareil se dresse devant eux :
« En ces circonstances les maîtres font, de leur côté, tout autant de bruit, et ne cessent jamais de réclamer à grands cris l'aide du magistrat civil et l'application des lois si sévères contre les coalitions de domestiques, de travailleurs et de journaliers. »

L'intervention des trois dimensions de l'organisation étatique : le législatif, le judiciaire et l'exécutif qui, pour l'heure, agissent à l'unisson, ne laisse guère de chances à la révolte si celle-ci ne s'est pas donné les moyens de briser ce même pouvoir d'État :
« Les ouvriers tirent par conséquent très rarement le moindre avantage de la violence de ces coalitions tumultueuses qui, tant par l'intervention du magistrat civil que par la plus grande persévérance des maîtres et la nécessité où se trouvent la plupart des ouvriers de se soumettre pour avoir leur subsistance du moment, n'aboutissent généralement à rien, si ce n'est au châtiment ou à la perte des meneurs. »

  Et cependant, il y a un minimum sous lequel il est impossible de ramener la rémunération de la "poule aux œufs d'or". Nous l'avons déjà indiqué, et Adam Smith nous le répète :
« Il faut toujours qu'un homme vive de son travail, et son salaire doit être au moins suffisant pour lui permettre de subsister. Il doit même, dans la plupart des cas, être un peu plus que suffisant ; autrement le travailleur ne pourrait élever une famille, et la race de ces ouvriers ne pourrait pas se maintenir au-delà de la première génération.  »

Qui veut les "œufs d'or" doit vouloir la poule et tout de même... quelques poussins...


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5 réactions à cet article    


  • César Castique César Castique 26 octobre 2015 15:31

    « …son salaire doit être au moins suffisant pour lui permettre de subsister. Il doit même, dans la plupart des cas, être un peu plus que suffisant ; autrement le travailleur ne pourrait élever une famille, et la race de ces ouvriers ne pourrait pas se maintenir au-delà de la première génération. »


    Et ce n’est pas encore tout. Ce que Smith ne pouvait pas savoir, c’est qu’un jour, ce salaire devrait être au moins suffisant pour permettre, aux ouvriers, d’élever quelques poussins et, de surcroît, pour permettre à tout ce petit monde de jouer pleinement son rôle - qui ne peut être assumé ni par les « exploiteurs » ni par des machines - de consommateur pilier de la société dite, précisément, de consommation.


    Adam Smith (1723-1790) ne pouvait évidemment pas la prévoir, à la différence d’Oscar Wilde (1854-1900) qui, lui, en pressentait les effets « pervers » du point de vue du révolutionnaire en peau de vison qu’il était. Comme il n’avait pas de visées électoralistes, il pouvait s’offrir la rude franchise de suggérer* que le pire des salauds, ce n’est pas l’« esclavagiste » impitoyable et exploiteur d’enfants, c’est le patron qui traite bien ses salariés, parce qu’ainsi il les dissuade de se révolter.


    Cela nous dit assez combien vos théories du temps de la marine à voile, de la lampe à huile et du roi Georges III, sont obsolètes. A peine plus, au demeurant, que celles qui remontent à la lampe à pétrole, à la traction à vapeur et à Frédéric III. 


    * Dans L’âme humaine sous le régime socialiste


    • izarn izarn 27 octobre 2015 00:54

      @César Castique
      Et vous croyez qu’au 18ieme siècle, il n’y avait pas de consommateurs ?
      A quoi ça servait de bosser pour les patrons dans les manufactures alors ?
      Oui bon, les ouvriers bossaient pour les riches, les rentiers : Et cela a suffit à faire exploser le système industriel ? Comment ? Je veux bien le savoir.
      Il est bien entendu que l’ouvrier avait un peu plus que l’esclave, sinon on en serait resté la.
      Le pire des salauds est bien l’esclavagiste. En plus, il est con !

      Un certain nombre de paléocapitalistes, n’ont toujours pas compris qu’il faut payer les gens, juste un peu plus, pour que le système capitaliste industriel fonctionne. C’est quand meme grave, que ce soit Karl Marx qui leur explique !

      C’est pas parce que nous sommes abreuvés par des crétins économistes, de politicards véreux, et de MEDF néerdanthaliens, qui faut gober des inepties.


    • César Castique César Castique 27 octobre 2015 09:43

      @izarn

      « Et vous croyez qu’au 18ieme siècle, il n’y avait pas de consommateurs ? »



      La consommation est vitale pour l’homme : tout seul sur son île, Robinson Crusoë consomme.


      La différence, par rapport à notre époque, c’est qu’au XIXe siècle, le salarié consomme à minima. Marx et Engels disent que le « bourgeois » ne verse au prolétaire que la somme qui est strictement nécessaire à la « reconstitution de sa force de travail ». Il y a certainement du vrai.


      Henry Ford, l’un des premiers, comprend que si les ouvriers sont bien payés, ils auront les moyens d’accéder à l’automobile - je simplifie. Et dans la seconde moitié du XXe siècle, ce sont paradoxalement les régimes communistes qui connaîtront la consommation a minima


      « Le pire des salauds est bien l’esclavagiste. »


      Ce n’est pas l’avis d’Oscar Wilde. Ce n’est certainement pas l’avis non plus de nos aspirants révolutionnaires. Parce qu’ils pensent que le collectivisme, imposé par le soulèvement des prolétaires, est la condition sine qua non, du bonheur des « masses laborieuses ». C’est loin d’être démontré.

    • julius 1ER 26 octobre 2015 18:50

      Ils sont aux abois et agissent avec la déraison et les excès d’hommes poussés à bout, qui n’ont d’autre alternative que de mourir de faim ou d’obtenir par la terreur que leurs maîtres satisfassent sans délai leurs revendications. »


      cela rappelle les mouvements chez Air France il n’y a pas si longtemps !!!!!!!!!! 

      En ces circonstances les maîtres font, de leur côté, tout autant de bruit, et ne cessent jamais de réclamer à grands cris l’aide du magistrat civil et l’application des lois si sévères contre les coalitions de domestiques, de travailleurs et de journaliers

      et là c’est du Valls et de Juniac !!!



      • 1871-paris 1871-paris 28 octobre 2015 08:49

        Cette série d’article a le mérite de faire apparaitre ;

         

        Que nos sociétés se sont d’abord construite sur un mode FEODALISME, puis un peu avant Adams Smith elles ont muté vers le CAPITALISME (qui n’a donc rien de nouveau ou NEO)

        et inévitablement elles iront vers le progrès que constituera le COLLECTIVISME, pas celui caricaturé par les réactionnaires bourgeois qui nous décrivent une société où nous devrions tous porté un string avec une faucille et un marteau, ou nous ferions défilé des chars rouges sur les champs Elysée...

        Non un COLLECTIVISME ou la conscience politique invoquera la nécessité de l’abolition de comportement égoïste compromettant le bien être de chacun d’entre nous.

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