@bakerstreet
Ce ne sont
pas des cons. Ce sont des salauds !
Le salaud n’est pas celui qui fait le mal par bêtise, comme ferait
le con, mais celui qui fait du mal pour son bien à lui.
Faire le mal pour le mal serait
diabolique, et les hommes ne sont pas
des démons ; mais ils sont parfois médiocres en ceci qu’ils mettent
l’amour de soi plus haut que la loi morale.
Au lieu de ne tendre au bonheur
que pour autant ils le peuvent sans
manquer à leur devoir, ils ne font leur devoir, au contraire, que pour autant
que ce n’est pas incompatible avec leur propre bonheur, celui d’être riche.
Le salaud, c’est l’égoïste sans frein, sans scrupule, sans compassion.
La saloperie n’est pas une
question de nature mais de degré. Egoïstes, nous le sommes tous mais
inégalement. Les salauds sont ceux qui le sont davantage que la moyenne, ou
davantage que ce qui est considéré comme acceptable. Il n’y a pas de salaud absolu,
ce serait le diable : tel sera un salaud pour l’un, qui ne sera aux yeux
de l’autre qu’un égoïste ordinaire – voire un héros. Voyez Napoléon ou
Pétain, Savonarole ou Lénine.
Qui ne ferait un peu de mal à
autrui, si cela doit aboutir à un grand bien pour soi ? Qui ne
s’autoriserait un petit mensonge, si c’est pour faire fortune ? Qui ne
volerait, pour sauvait sa peau ? Egoïsme, mais tolérable. Le salaud va
plus loin : il fait subir un grand mal à autrui, pour obtenir un petit
bien pour soi.
Aucun salaud ne se croit
tel : tous les salauds sont de mauvaise foi. Ils ne cessent de se trouver
des justifications ou des excuses. Aussi le contraire du salaud n’est-il pas le
saint, ni le héros, mais l’homme lucide, celui qui assume sa propre liberté, sa
propre solitude.