Un commentateur
écrit plus haut que ses enfants passent plus de temps hors de sa
présence qu’avec lui ; mais c’est également le cas pour
l’école ou le collège : les heures de cours ne représentent
qu’une petite partie de la vie des élèves et collégiens. En
réalité c’est entre eux que les adolescents passent le majeure
partie de leur temps que ce soit physiquement ou par l’intermédiaire
d’internet.
Comme pour le loup,
le chien ou le chimpanzé, l’être humain, depuis le paléolithique
qui a modelé son psychisme, accepte que tout groupe auquel il
participe, soit hiérarchisé, avec donc des dominants plus ou moins
affirmés qui vont définir les comportements et les opinions du
groupe.
Or l’étude de
matières abstraites, présentées en cours le plus souvent de
manière plate, monotone et imposée par les adultes sans prendre
l’avis des intéressés, n’apparaît pas à ces dominants qui
statistiquement ne sont pas forcément les plus brillants
intellectuellement, comme attrayant, c’est le moins que l’on puisse
dire.
La petite minorité
de ceux qui s’intéressent à l’activité intellectuelle n’intègre
pas ces groupes et d’ailleurs les garçons en particulier sont
généralement rejetés par eux comme ’’fayots’’, ’’lèche-culs’’
etc.
Pour mémoire ce
phénomène social existe depuis toujours et a déjà été décrit
par Alain Fournier dans sa ’’Guerre des boutons’’ pour des enfants
vivants avant 1914.
La seule différence
entre hier et aujourd’hui est que l’autorité des parents était
beaucoup plus forte sur leur progéniture autrefois, et que les
enfants des classes intellectuelles ainsi que ceux de certains
employés, plus rarement d’ouvriers, subissaient une exigence de
résultats scolaires … qui assurait leur avenir professionnel en
fin de compte, en période d’expansion économique comme durant
les ’’Trente glorieuses’’ ou entre les deux guerres quand les
diplômés étaient rares !
Mais cette pression
pour la réussite scolaire était minoritaire à l’échelle de la
population : la plupart des enfants qui devaient affronter le
difficile Certificat d’Études primaires échouaient. Pour beaucoup
de parents ouvrier et femme au foyer, c’était presque naturel car
eux aussi étaient sans diplôme et de ce fait ne trouvaient cela ni
humiliant ni inquiétant pour leurs enfants.
Si les enfants
asiatiques réussissent mieux aux tests PISA que les Occidentaux,
aujourd’hui, c’est d’abord parce que l’autorité des parents et des
enseignants sur les jeunes est restée à l’image de ce qu’elle était
chez nous il y a des décennies, dans la tradition confucéenne.
Il est bien entendu
illusoire de croire que cette relation autoritaire soit rétablie à
l’avenir.
L’autorité des
professeurs se rétablit quelque peu au lycée, car après seize ans
révolus, l’enseignement n’est plus obligatoire et les élèves qui
suivent l’enseignement général savent qu’ils peuvent être exclus
définitivement. À ce propos, il faut à certains réviser leurs a
priori : l’autorité des enseignants est beaucoup plus contestée
dans le privé que dans le public car les adolescents savent que
l’établissement privé a besoin de l’argent que versent leurs
parents exister, malgré les ’’contrats’’ qui leur font recevoir de
l’argent public. Et que les exclure représente une perte financière
pour ledit établissement privé ; ce qui fait hésiter le chef
d’établissement qui doit prendre cette lourde décision.
Ce constat posé,
quelle solution proposer ?
Il faut INTÉRESSER.
(C’est vrai aussi pour n’importe qui, y compris des adultes !)
Pour cela, il faut
impliquer l’apprenant dans son apprentissage, lui donner un rôle
actif. S’il peut y avoir manipulation, expérimentation, observation
sur le vif, enquête, et pour les plus grands, recherche documentaire
sur internet, on verra naître des passions et en tout cas une
fixation bien meilleure que la mémorisation d’un texte tombé du
ciel.
Pour certaines
matières cela n’est pas possible. Je pense à l’orthographe par
exemple. On éveillera l’intérêt en montrant que la graphie des
mots est souvent logique, dictée par la racine des mots etc.
L’informatique peut
rendre plus agréables certains apprentissages en fournissant des
images, des vidéos des arborescences d’approfondissement pour les
plus intéressés : je pense ici à l’histoire et la géographie.
La poésie est faite
pour être dite plutôt que lue : pensons aux poèmes d’Aragon
magnifiés par Léo Ferré ou Jean Ferrat, sans parler des œuvres de
Georges Brassens. Il faudrait que le service public propose l’écoute
gratuite sur internet de centaines de poésies dites par de grands
acteurs.
Ceci est aussi vrai
pour les étudiants. Il paraît que les amphis de médecine de
première année sont chahutés par les redoublants qui veulent
perturber l’apprentissage des nouveaux, lesquels seront leurs
concurrents pour le concours de fin d’année.
Mais pourquoi, bon
sang, l’intégralité de ce cours de première année ne se
trouve-t-il pas sur internet avec en plus toutes les superbes
illustrations que ce média peut offrir ?
Les professeurs
doivent se souvenir en permanence qu’ils ont des références que
leurs élèves n’ont pas. Cela demande un effort intellectuel
permanent de réduire ce champ avant d’enseigner.
Encore faudrait-il
qu’ils ne soient pas désabusés à l’avance.