Pendant quelques mois, j’avais fait de l’encadrement piscine pour des « mat sup », des maternelles supérieures de six ans ou presque. J’ai pu suivre ce qui se passait ensuite ou avant en pré-apprentissage de lecture et écriture. En moyenne bien plus de très bon résultats dans cette adresse motrice chez les fillettes que chez les garçons ; et la grosse majorité des mauvaises habiletés étaient des garçons. Le phénomène de confiance en soi et d’habileté était la plus menue, petite vietnamienne. Les garçons en difficulté motrice étaient en insécurité flagrante, et leurs capacités attentionnelles en souffraient.
Autrement dit, il était déjà trop tard : la discrimination était faite. On avait déjà su pourquoi (puis cette connaissance avait été chassée) : lors des jeux sensorimoteurs, la coordination corps entier est négligée, ou alors déjà discriminée sur critères sexués. Les filles jouent à la marelle, pas les garçons. Il n’y a pas de jeux de garçons correspondants.
A la veille de leur bac, des bacs pros de vingt deux ans, environ le tiers de la classe s’emmêlait encore dans le périmètre d’un rectangle. Pour pouvoir se figurer mentalement le parcours grand côté, puis petit côté puis grand côté puis petit côté, il faut l’avoir déjà fait avec ses pieds, et c’était en maternelle, au plus tard un an avant l’écrit, au temps où la latéralisation s’achève.
Quant à la question de l’insécurité et des persécutions, quand c’était mon tour, les instits détournaient obligeamment le regard pour mieux dénier la réalité. Le déni de réalité était la règle. Je crains que ça n’ait guère changé.