D’abord sur le titre : il n’est pas informatif mais orienté, il en dit déjà beaucoup sur les intentions de l’auteur qui sait combien Oradour, pour les Français, est le symbole de la barbarie.
Pour un scientifique, l’auteur procède avec une méthode qui n’a rien de scientifique mais ressort de la désinformation.
Je m’explique.
1/ Sur les sources : à l’exception du Monde et Mediapart qui analyse la presse de l’époque, elles rapportent uniquement le point de vue algérien, sans nuance, en se recoupant. Le document audio-visuel n’apporte rien, non daté, non documenté. Je n’ai pas pu avoir accès au dernier lien sur « l’article de réference ». En revanche, il existe un document fiable, et un seul, écrit par quelqu’un que l’on ne peut pas suspecter de connivences avec les Français et les Algériens c’est celui du consul britannique à Alger John Eric MacLean Carvell. Je l’ai intégralement traduit, ce que l’auteur n’a pas fait. Ou bien s’il l’a fait il en a expurgé les passages concernant les massacres des Européens.
2/ Pas de réference aux évènements du Constantinois du 23 avril 1945. Pour rappel, ce jour-là étaient organisées des manifestations à la mémoire de Ben Badis, Constantinois, fondateur d’un des premiers mouvements anticolonialistes, décédé en 1940. Ces manifestations, d’après des témoins dont je n’ai pu vérifier les dires, étaient des appels à la haine contre les Français.
3/ Sur le déroulement des massacres proprement dit, rien à dire, excepté comme je l’ai fait remarquer que les massacres d’Européens et les viols ont été passés sous silence.
4/ Sur le nombre de victimes. Le consul général américain de l’époque a établi le nombre de victimes indigènes à 45 000. Les USA avaient tout intérêt à attiser les braises en Algérie. Ce chiffre sera repris par les milieux nationalistes puis par le gouvernement algérien. Bélaïd Abdessalam, ancien premier ministre algérien, déclarait dans El-Khabar Hebdo que le chiffre de 45 000 avait été choisi à des fins de propagande. André Prenant, géographe spécialiste de la démographie algérienne, sur les lieux en 1948, a fixé le nombre de victimes à 20 000, le professeur Henri Aboulker avait estimé le bilan proche de 30 000 morts, chiffre sur lequel les historiens s’accordent.
Qu’il y ait eu un massacre perpétré par des troupes régulières françaises et des colons est une évidence. Que ce massacre ait été récupéré par les indépendantistes algériens est tout aussi évident. Mais je trouve particulièrement attristant et significatif d’une perversion de la pensée que pour le rappeler, et ça devait être fait, l’auteur n’ait pas hésité à tordre la vérité historique qui, à elle seule, suffit à jeter la honte sur les responsables politiques de l’époque.