@Knail
J’ai lu votre article et les échanges qui le suivent avec
un souffle coupé. En tant que Polonaise qui vit en France, cela est peut être
la première fois depuis mes 5 ans ici que j’ai pu lire des propos tellement adéquats
à la réalité de la Pologne et qui reflètent à tel point les sentiments de
nombreux Polonais. J’avoue que cela est dur, voir impossible d’avoir une
conversation pertinente sur la problématique polonaise avec des Français que je
rencontre. Grâce à votre article et la posture dont vous faites preuve, Knail,
je me rends compte que cet aveuglement des Français c’est la conséquence de l’image
réductionniste que les médias français transmettent. J’ajouterai aussi le manque
général d’intérêt pour la culture et l’histoire de la Pologne. En France, en
parle de Pologne soit mal, soit pas du tout. Dès que je vois un mot « Pologne »,
« Varsovie », « polonais » dans un article, je me prépare
au pire. Mais votre témoignage et surtout votre façon d’analyser les choses c’est
le baume pour le cœur de cette Polonaise Bac+20 qui est partie à l’étranger et qui
vit de façon intense tous ce qui parle de son pays d’origine. C’est vrai que
les Polonais sont très susceptibles aux remarques des étrangers. Je dirais que
nous nous sentons toujours dans le devoir de prouver que nous valons quelque
chose, à tel point les sentiments de la mécompréhension et sous-estimations de
la part des pays occidentaux nous submergent.
J’apprécie également vos remarques pour leurs effets
sur l’état de ma conscience. Elles me donnent une lumière éclaircissant sur le
trajet des transformations politico-sociales en Pologne, une vision différente de
ligne directrice actuelle (notamment du diktat capitaliste). Cette dialectique
entre le communisme dur du passé et le capitalisme pas moins dur du présent, vit
dans chacun d’entre nous (même moi, malgré que j’ai eu seulement 5 an quand le régime
communiste a chuté), Mais cette dialectique reste souvent dans les non-dits. On
a le réflexe, comme votre ami Darek, de confirmer par défaut le bonheur du départ
du communisme, même si le nouveau système commence à nous décevoir… J’ai l’impression
qu’il y a encore dis ans, l’ambiance en Pologne était beaucoup plus favorable
aux changements vers ce monde globalisé, on était dans la posture de « rattrapage »
suite aux années de communisme, et prêts à un travail intense avec beaucoup de
sacrifices. On acceptait même d’être mal-jugé ou considérés comme des « arriérés ».
Bien plus encore, nous avons assimilé cette vision comme si nous regardions
nous-mêmes avec les yeux du monde Occidental ! Mais aujourd’hui, nous
avons fait nos preuves, nous avons « rattrapé » l’Europe dans des
nombreux domaines en si peu de temps. Et nous nous rendons compte que cela ne
change pas grande chose dans notre image auprès des pays occidentaux et que
notre travail n’apporte pas forcement les bénéfices pour la Pologne, que la vie
là-bas change, mais pas vraiment pour le mieux. J’ai vraiment peur de ce qui va
encore arriver à mon pays, j’ai peur de cette ambiance nationaliste et
destructrice née en Pologne suite à la déception et désillusion par rapport à l’UE,
mais aussi des tensions autour, avec comme toujours le jeu des grands de ce
monde : les Etats Unis, la Russie, prêts à faire de nous un jouet de leurs
propres intérêts.
Mes vous me donnez trop envie de rentrer en Pologne
avec vos histoires sur la compagne polonaise !