Une autre déclaration s’opposant à l’interdiction des manifestations... Interdites ou pas nous continuerons à manifester !
« Une soixantaine d’intellectuels, de militants et de
syndicalistes appellent à résister au gouvernement et poursuivre les
grèves, blocages et occupations.
Les voilà, leurs
grandes peurs et leurs grands moyens pour essayer de la masquer en
jouant les fiers-à-bras qui ne cèdent pas. On s’y attendait depuis des
mois, et la voici brandie, la menace d’interdiction des manifestations.
Un sommet dans l’inacceptable ? Il peut toujours y avoir pire avec ce
gouvernement. Celui-là même qui commémore cyniquement les grèves du
Front populaire. Qu’il défende ses intérêts, ceux des puissants, ceux
des profits et de l’argent ; c’est de bonne guerre, c’est sa guerre ;
mais qu’il ravale ses célébrations et récupérations d’un passé qu’il ne
cesse de fouler au pied.
Ce gouvernement a peur : rien d’étonnant.
Car il y a de quoi, devant nos solidarités face au pouvoir et son bras
armé. Combien de témoignages sur ces manifestant·e·s qui, sans avoir
besoin de rien se dire, prennent soin des blessé·e·s, malgré les gaz,
les coups de matraque et les grenades de désencerclement ? Combien
d’images de blessé·e·s que des policiers continuent de frapper à terre,
tandis que spontanément se forment des chaînes pour les entourer et les
protéger ? Combien d’initiatives, de textes, de rassemblements, de
soutiens résolus contre les gardes à vue, les mises en examen, les
condamnations iniques ? Pour les manifestant·e·s blessé·.e·s,
mutilé·e·s, éborgné·e·s, dans le coma, combien de policiers seront
inculpés ?
Hollande, Valls et leurs alliés voudraient briser
cette vague énorme, celle qu’on a vu manifester par centaines de
milliers. Ils mènent leur guerre sur tous les fronts : par une violence
physique déchaînée ; par une violence judiciaire de magistrats aux
ordres qui emprisonnent et brisent des vies ; par une violence
médiatique faite de désinformation et de discrédit ; par une violence
antidémocratique à coups de 49-3, d’interdictions de manifester et
d’assignations à résidence au nom de l’état d’urgence ; par la violence
sociale infligée à des millions d’hommes et de femmes précarisé·e·s ou
licencié·e·s. Ce pouvoir voudrait à toute force empêcher ce qui lui
apparaît dangereux et qui est immense par ses convergences : des
quartiers populaires où l’on bataille depuis des années contre les
violences policières, des luttes des migrant·e·s et des sans-papiers,
des syndicalistes mobilisé·e·s, des étudiant·e·s et des lycéen·ne·s qui
ne lâchent rien. La détermination est puissante, tout comme le sentiment
que des personnes, des collectifs, des organisations qui jusque-là ne
se parlaient pas ou peu se sont trouvés ou retrouvés. Ce pas franchi est
si important qu’il le restera, et pour longtemps.
Mépris
Nous
ne convaincrons pas les tenants de ce monde – et nous ne cherchons pas à
le faire. Mais contre le discours dominant et tout-puissant, nous
pouvons convaincre celles et ceux qui connaissent bien la violence au
quotidien. La violence du mépris social et des abîmes qui nous séparent
des possédants. La violence du chantage à l’emploi qui conduit à tout
accepter, fait voler en éclats les solidarités et jusqu’à la dignité
parfois. La violence de la souffrance, au chômage, au travail, de la
mise en concurrence, du management par l’obéissance. La violence des
contrôles au faciès et des discriminations. Forces de l’ordre ; mais de
quel ordre ? L’ordre social des évadés fiscaux, du CAC 40 et des marchés
financiers.
Quelques devantures de banques, d’assurances ou de
supermarchés cassées ne sont rien comparées à cette violence. Quoi qu’on
pense de leur pertinence, ces actions sont au fond surtout des
questions : qu’est-ce qu’une banque et ce qu’il y a derrière, la
tragi-comédie financière ? Brecht l’avait résumé d’un trait : « Il y a pire que braquer une banque, c’est d’en fonder une ». Comment
pourrait-on nous faire croire que la violence de ce monde serait dans
ces vitrines brisées ? Les médias sont doués pour ça, avec leurs scoops
et leurs images en boucle, leurs sélections éhontées. Mais vient un
temps où ça ne marche plus : il semble que ce temps soit venu.
Les
patrons peuvent s’arrêter de patronner ; nous n’avons pas besoin d’eux.
Mais quand les éboueurs, les dockers, les électricien·ne·s, les
cheminot·e·s, les raffineur·se·s, les personnels hospitaliers, les
personnels de l’éducation, les postier·e·s, les intermittent·e·s
s’arrêtent, tout ce qu’elles et ils nous apportent devient soudain plus
visible, plus évident. Quoi qu’il advienne de ce gouvernement, nous
continuerons de manifester – et comment ! Mais pas seulement. Nous
poursuivrons grèves, blocages et occupations. Ce sont les armes de
celles et ceux qui en ont peu. Mais elles peuvent frapper bien plus fort
que leurs matraques et leurs tonfas. »
Signataires
Pierre Alferi (écrivain), Jean-Claude Amara (porte-parole de Droits devant !!), Nathalie Astolfi (enseignante), Ana Azaria (présidente de Femmes Egalité), Igor Babou (universitaire), Etienne Balibar (philosophe), Ludivine Bantigny(historienne), Amal Bentounsi (Urgence Notre Police Assassine), Eric Beynel (porte-parole de Solidaires), Daniel Blondet (militant anti-impérialiste), Antoine Boulangé (enseignant), Claude Calame (historien), Laurent Cauwet(éditeur), Manuel Cervera-Marzal (sociologue), Déborah Cohen (historienne), Christine Delphy (sociologue), Alain Dervin (enseignant), Paul Dirkx (sociologue), Joss Dray (photographe), Julien Dufour (doctorant en sociologie), Jules Falquet (sociologue), Eric Fassin (sociologue), Samantha Faubert (hispaniste), Sophie Fesdjian(anthropologue, enseignante), Alain Frappier (illustrateur), Désirée Frappier (scénariste), Bernard Friot (sociologue),Luc Gaffet (militant CGT), Fanny Gallot (historienne), Franck Gaudichaud (politiste), Valérie Gérard (philosophe), Céline Gondard-Lalanne (porte-parole Solidaires), Nahema Hanafi (historienne), Samuel Hayat (politiste), Eric Hazan (auteur et éditeur), Catherine Jardin (éditrice), François Jarrige (historien), Fanny Jedlicki (sociologue), Claude Kaiser (militant anti-nucléaire), Leslie Kaplan (écrivaine), Patrice Lardeux (militant CGT), Mathilde Larrère(historienne), Olivier Le Cour Grandmaison (universitaire), Pascal Maillard (universitaire et syndicaliste), Philippe Marlière (politiste), Bénédicte Monville-De Cecco (conseillère régionale IDF (EELV)), Olivier Neveux (historien d’art), Ugo Palheta (sociologue), Willy Pelletier (sociologue), Irène Pereira (sociologue), Roland Pfefferkorn (sociologue), Christian Pierrel (PCOF) ; Christine Poupin (NPA), Théo Roumier (appel des syndicalistes « On bloque tout ! »),Omar Slaouti (enseignant), Federico Tarragoni (sociologue), Jacques Testart (biologiste), Julien Théry-Astruc(historien), Michel Tort (psychanalyste), François Tronche (directeur de recherches au CNRS), Marlène Tuininga(4ACG), Béatrice Turpin (réalisatrice militante), Sophie Wauquier (linguiste)