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Commentaire de Christian Labrune

sur Réponse à « Valeurs actuelles » sur les « destructeurs » de l'école publique


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Christian Labrune Christian Labrune 16 septembre 2016 13:28

vous êtes pétri et affichez en permanence une attitude pleine de certitudes et de jugements péremptoires [..] vos certitudes ,vos jugements vous suffisent visiblement à être heureux et avoir le sentiment d’avoir réussi votre vie : heureux homme !

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@philippe baron-abrioux

Les certitudes de l’imbécile heureux que je serais ne sont pas des certitudes a priori. Quand on a enseigné les lettres pendant des dizaines d’années, il me semble que le minimum de compétence, lorsqu’on se trouve devant une copie de bac, c’est d’être capable de savoir si ce qu’on lit a un quelconque rapport avec la langue française, si le candidat a quelques notions de morphologie et de syntaxe. On n’évaluera pas un paquet de copies en les jetant dans un escalier de vingt marches et en leur attribuant la note correspondant au numéro du degré où elles ont atterri. La notation n’est pas une entreprise entièrement rationalisable, il peut apparaître des écarts entre les appréciations, mais ils sont surtout repérables lorsqu’il s’agit d’évaluer les meilleures copies, entre 14 et 17. Quand on ne comprend pas ce qui est écrit, qu’on demande leur avis à des proches et qu’ils ne comprennent pas non plus, ça tourne autour de 5/20, et par charité pure. Vous savez aussi bien que moi, et cela a toujours fait scandale, que bien des rectorats ont souvent fait pression sur les correcteurs pour que, dans les disciplines littéraires, les notes ne tombent jamais en-dessous de 6/20 alors qu’on a affaire à des élèves qui arrivent au « niveau du bac » avec un niveau d’expression qui ne nous aurait jamais permis, dans les années 60, d’entrer en 6e. Voilà les faits, et ils sont tout à fait incontestables.

Votre discours est bourré d’affect. Ce serait ne pas aimer les jeunes que de vouloir leur donner une idée aussi exacte que possible des performances dont ils sont capables à un moment donné, et de les évaluer avec le maximum de rigueur. Tout les hommes sont égaux, n’est-ce pas ? Et tous se valent. Tout le reste est affaire d’opinion. Certains pensent que les théories de Darwin sur l’évolution sont complètement fausses. D’autres - et de plus en plus nombreux - considèrent que la terre est plate. Pourquoi s’opiniâtrerait-on à essayer de leur imposer une approche plus rationnelle et scientifique de la réalité ? Tout ça, c’est la culture « bourgeoise » des héritiers, quand il faudrait être au contraire au plus près des pauvres opprimés.

Le malheur, c’est qu’il n’y a pas d’autre culture qu’une culture « bourgeoise » qui aura mis des siècles à s’édifier lentement et laborieusement, récupérant même la culture aristocratique de l’ancien régime. La question centrale, dans une République, c’est de faire en sorte que de la richesse de cette culture puissent profiter autant qu’il est possible ceux qui, par leur origine sociale, paraissent dès l’abord en être exclus. Ce n’est assurément pas de promouvoir l’obscurantisme comme l’auront fait la plupart des gouvernements depuis trente ans. Gouvernements dont vous paraissez bénir les forfaitures. 


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