Oui,
nous voici au joli mois de vendémiaire…
« Et les vendanges sont la récompense d’un dur
labeur et d’un savoir ancestral »
Quel charmant
et bucolique tableau ! Chacun s’émeut en pensant au « dur labeur »
du vigneron enfermé dans sa cabine de tracteur, sono à fond sur Rire & Chansons ou Skyrock, pour exécuter – c’est le mot –
l’épandage consciencieux et réitéré de poisons pulvérisés. Patient empoisonneur
de la terre et de ses semblables, abruti de rap et de publicités marchandes, lui-même
exposé aux maladies toxicologiques fulgurantes, le viticulteur de notre temps a tourné le dos
au « savoir ancestral » pour se soumettre à la dictature mercantile,
et consacrer tous ses soins à la propagation génocidaire de la chimie délirante
de Monsanto. Voilà pour le premier tableau.
Mais on n’arrête pas le robinet d’eau
tiède de la tricoteuse de lieux communs, l’angélique Rosemar, qui n’hésite pas
à se déclarer elle-même (sur son blog de collégienne pré-pubertaire) « esprit
libre, indépendant et contestataire », trois qualificatifs choisis par
antiphrase, sans doute.
Rosemar a quelques lettres (au moins trois, comme dirait Edmond Rostand), dont elle
aime faire étalage. C’est vrai, nous parlons et pensons comme Homère, sa langue
est en nous, qui nous gouverne. Toutefois, l’étymologie gréco-latine — notre
source vive de parole et de pensée — n’a pas protégé Rosemar des clichés les
plus éculés. On croirait lire sous sa plume la pochette fanée d’un disque
microsillon des années 1950 présentant les Quatre
saisons de Vivaldi :
« Les vendanges représentent la fête du vin
nouveau, elles évoquent des images lumineuses de fruits mûris au soleil, elles
ouvrent la douce saison de l’automne... ».
Fruits mûris au soleil et aux
pesticides, les raisins de 2016 sont ensuite savamment traités par la filière
de l’œnologie marchande. Rien n’échappe à l’évaluation des diafoirus du
marketing. Le marché commande ; le bricolage moléculaire exécute. Quel
beau métier ! « Œnologue… » Les mots, grecs ou non, n’ont plus
de sens en pays soi disant « mondialisé ». Comme l’οἶνος (oînos)
est loin ! Quant au
λόγος (lógos) on l’a carrément perdu de vue. Le LOGOS – qui veut aussi bien dire raison que parole – n’a plus de place dans l’élaboration du produit commercial
qui s’appelle encore, par habitude, le vin.
Les mots collés sur le vin ne sont plus que de fausses étiquettes publicitaires.
La viticulture et l’œnologie ont perdu à la fois la culture et la raison. L’emporiocratie[1] a eu
raison des savoirs ancestraux…
[1]
Une occasion, pour Rosemar, d’aller consulter ses dictionnaires de langues
anciennes.