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Commentaire de philippe baron-abrioux sur De l'utilité de publier les lettres de François Mitterrand à Anne Pingeot ? - AgoraVox le média citoyen

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Commentaire de philippe baron-abrioux

sur De l'utilité de publier les lettres de François Mitterrand à Anne Pingeot ?


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philippe baron-abrioux 8 octobre 2016 19:10

 Bonjour ,

 j’ai gardé les lettres que j’avais reçues pendant mes années de pensionnat et celles que j’avais écrites , conservées par mes parents . en fait plusieurs centaines !

 il me semblait important de conserver ces« discussions à distance » et en différé , écrites les jeudis et les dimanches après midi : j’y décrivais les promenades ( de 14 à 17 heures environ )et la vie de ce DEHORS auquel nous n’avions accès que pour deux ou trois heures , accompagnés par un surveillant ne nous autorisant que peu de choses en fait mais qui prenaient une importance qui ferait sourire comme faire une halte pour acheter un stylo ou un journal (autorisé bien sûr ) .

 le plus souvent elles se déroulaient dans la campagne des environs et parfois j’en ramenais une pierre , un bout de bois , une fleur que je gardais dans mon casier d’étude . dans mes lettres à ma famille je relatais ces trouvailles et bien sûr rendais des comptes sur ma vie scolaire , résultats inclus , en attendant les commentaires que je découvrirais dans la réponse qui arriverait quelques jours après .

 PLUS TARD , je recevais des lettres de mon premier amour durant trois longues années : une lettre par jour parfois deux dans la même enveloppe . le courrier nous était remis en mains propres , dans la cour de récréation où nous étions en rang dans cette attente .

une fois LA LETTRE en mains , nous trouvions un coin à l’abri des regards si possible pour en prendre connaissance .

 en observant nos copains parfois très éloignés (étranger , Dom- Tom et tous les continents ) de leur famille ,nous devinions le contenu rien qu’en les regardant furtivement . selon ce qui transparaissait sur leur visage , nous faisions quelques pas vers eux pour partager leur joie ou les réconforter .

 les externes (très peu nombreux ) nous servaient aussi parfois de facteurs pour poster nos lettres écrites en dehors des jeudis ou des dimanches : à 16 ans on avait des émotions des rêves , des « soupirs » de manque à partager avec nos amours naissant mais si authentiquement présents . 

 j’ai conservé aussi des cartes postales de vacances de mes amis partis ici ou là qui me racontaient en quelques mots les endroits découverts ou les péripéties de leurs voyages .

jusqu’à peu , fin de l’année 2014 , j’écrivais à ma mère , alors résidente en EHPAD , de 99 ans atteinte de la maladie d’ Alzheimer en lui joignant des photos trouvées sur Internet du VIET NAM où elle était née ; un infirmier prenait soin de lui lire chaque lettre et de lui montrer les photos jointes ou collées à même le papier ( pour éviter la perte ) .

 quand elle est morte , j’ai retrouvé dans sa table de nuit , la quasi totalité de mes envois ; je n’en ai gardé aucun , je n’en avais pas besoin et cela lui appartenait en propre .

 je continue à écrire à mes amis chaque fois que j’en ressens l’envie pour leur transmettre une pensée , leur soumettre une question qui m’occupe l’esprit depuis quelques jours , ou leur donner de mes nouvelles , eux qui savent parfois mieux que personne ce que je suis devenu au fil des années . et c’est ainsi pour certains depuis presque 50 ans .

 une de mes amies est en fin de vie .j’ai eu envie de lui écrire . j’ai téléphoné à l’hôpital qui m’a indiqué qu’elle n’avait quasiment plus de moment de conscience : cette lettre devenait de fait sans doute inutile mais je l’écrirai quand même un jour et j’irai la déposer n’importe où, dans un lieu qu’elle aurait aimé embrasser du regard en se sentant en vie .

j’avoue n’avoir aucun avis sur la démarche d’Anne Pingeot : elle est libre de faire ce choix même s’il peut paraitre surprenant , sans plus .

 toutes ces lettres si longtemps conservées sont maintenant parties en fumée suite à un incendie chez des amis à qui j’avais en outre confié en dépôt pour mes enfants toutes mes souvenirs, photos , livres , objets, cadeaux et même papiers administratifs alors que j’avais prévu de partir définitivement vivre en Guyane pour y finir ma vie .

 rien n’aura pu être sauvé ni les mots d’amour reçus , ni aucun souvenir accumulé , RIEN et si je devais encore écrire une seule lettre , sans doute serait ce à moi même pour m’encourager à me taire définitivement .

 bonne fin de journée !

 P.B.A

 

 

 

 

 

 


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