De l’utilité de publier les lettres de François Mitterrand à Anne Pingeot ?
Des lettres intimes qui relèvent de la relation amoureuse méritent-elles d'être publiées ? Ce sont des lettres évoquant des sentiments personnels et on ne comprend pas que ces lettres écrites par François Mitterrand à sa maîtresse Anne Pingeot puissent faire l'objet d'une publication, si ce n'est dans un but purement lucratif.
Quelques brefs extraits parus sur le journal Le Point font état d'une correspondance enflammée, et de déclarations passionnées.
Mais en quoi ces lettres très personnelles peuvent-elles nous intéresser ? Pourquoi tout cet étalage de sentiments ?
C'est Anne Pingeot elle-même qui a souhaité cette publication : dans que but ? Une forme de reconnaissance, peut-être ? Mais Anne Pingeot a déjà eu cette reconnaissance par l'amour que lui a porté François Mitterrand et dont elle seule connaît, sans doute, la profondeur.
N'est-ce pas suffisant ? Pourquoi cette volonté d'exhibitionnisme ?
Quant à la qualité littéraire de ces lettres, on peut en juger le caractère forcément limité : ce sont des lettres passionnées, écrites sur l'instant, dans l'urgence de l'amour.
La littérature, la vraie, s'accommode mal de cette urgence : elle est travail sur les mots, relecture, correction, elle est faite de patience et de recherche dans l'expression et l'analyse des sentiments.
Au lieu de cela, on lit des déclarations ampoulées dignes d'un adolescent énamouré : "C'est une vague de fond, mon amour, elle nous emporte, elle nous sépare, je crie, je crie, tu m'entends au travers du fracas, tu m'aimes, je suis désespérément à toi, mais déjà tu ne me vois plus, je ne sais plus où tu es, tout le malheur du monde est en moi, il faudrait mourir mais la mer fait ce qu'elle veut. Oui, je suis désespéré. Le temps de reprendre mon souffle et pied. Ô, mon amour de vie profonde, j'ai pu mesurer un certain ordre des souffrances. Ce sera peut-être le seul mot tranquille de cette lettre : je t'aimerai jusqu'à la fin de moi, et si tu as raison de croire en Dieu, jusqu'à la fin des temps."
Certes, l'image maritime souligne bien les souffrances de l'amoureux séparé, pour un temps, de celle qu'il aime...
Certes, le style est haletant comme pour restituer la passion amoureuse.
Mais on aurait des difficultés à classer ces lettres dans la rubrique "littérature", l'expression paraît particulièrement hyperbolique et outrancière.
François Mitterrand y apparaît comme un héros romantique exalté, mais n'est-ce pas la posture d'un amant qui met sa vie en scène ?
Faut-il rappeler que François Mitterrand avait 46 ans quand il a rencontré Anne Pingeot qui en avait 19 ?
Nul doute qu'il a su choisir et trouver les mots pour s'adresser à une toute jeune fille... il a su faire rêver la jeune adolescente qu'était Anne Pingeot.
Bien sûr, ses sentiments étaient, sans doute, sincères, mais ils auraient dû rester de l'ordre de l'intime...
Si Anne Pingeot et François Mitterrand ont vécu une belle histoire, il aurait mieux valu la taire : l'amour sincère refuse l'exhibitionnisme et l'étalage indécent des sentiments, l'amour sincère se vit dans l'intimité.
http://www.lepoint.fr/actu-du-jour/je-t-aimerai-jusqu-a-la-fin-de-moi-06-10-2016-2073976_781.php
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