Refuser fermement toute idée de ce
qu’on nommera plus tard la laïcité fait partie des fondements
originels les plus importants de la religion coranique. Mais
l’enseignement de la « bonne criminalité seulement dépassée »
du judéo-christianisme est tout aussi insensé et dangereux.
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Pierre Régnier
On peut certes trouver quelques
horreurs dans la Bible, mais je ne vois pas qu’il soit bien
nécessaire d’insister là-dessus aujourd’hui parce qu’il n’y a plus
personne pour s’en soucier ni pour prendre au sérieux des textes
dont l’archaïsme saute aux yeux immédiatement. Les dernières
violences religieuses en France datent de la fin du règne de Louis
XIV, après la révocation de l’Edit de Nantes, et se sont exercées
contre la Religion Prétendue Réformée, comme on disait alors. S’il
y a ensuite des violences qui s’exercent à cause de la religion,
c’est plutôt le catholicisme qui les subit à l’époque
révolutionnaire, et ce que les congrégations auront eu à vivre
plus tard à l’époque du petit Père Combes n’était pas
particulièrement drôle non plus pour les religieux, même si on n’a
massacré personne.
Aujourd’hui, les chrétiens en France
constituent certes un groupe de pression qui peut réagir en
certaines circonstance, par exemple au moment des fantaisies
socialistes concernant le « mariage pour tous »,
mais cela reste tout à fait admissible dans le cadre des
institutions républicaines. Si le christianisme était encore
violent, les assassinats islamistes auraient dû engendrer une autreviolence en miroir, mais on n’a rien
vu de tel. On aura plutôt observé, bien au-delà du petit monde
des gens qui vont encore à la messe le dimanche, et dans une société
devenue indifférente aux dogmes et à leur subtilité, une très
surprenante résurgence de ce qu’il y a de plus fade dans la morale
des Evangiles subie durant des siècles : tu viens de me donner
une baffe, mais je ne te détesterai pas pour autant (bouquin d’un
survivant du Bataclan dont j’ai oublié le titre). Ce qui revient à
dire : tu peux maintenant me frapper sur l’autre joue.
Masochisme obscène.
On ne peut donc pas mettre toutes les
religions dans le même sac. Les papes, à l’époque classique,
prétendaient bien encore dicter quelquefois aux princes leur
politique, mais depuis la « pragmatique sanction » de
Bourges à la fin du XVe siècle, le gallicanisme a toujours prévalu
sur la tendance ultramontaine : pouvoir politique et pouvoir
religieux auront toujours été relativement séparés, et chaque
conflit avec la papauté n’aura fait qu’augmenter la distance.
Rien à voir avec un islam qui prétend
s’imposer partout, qui s’étend déjà dès les Abbassides, au XIe
siècle, de l’Espagne jusqu’aux rives de l’Indus, et regarde toute
terre non-musulmane comme un espace à conquérir et à convertir.
Aucune espèce de séparation entre le religieux et le politique. On
est là depuis le début dans un système qui illustre à la
perfection la définition qu’on donne des systèmes totalitaires. Le
musulman français d’il y a trente ans ne se souciait pas de ces
sortes d’ambitions islamistes et les ignorait probablement, mais la prédication
salafiste d’Al Jazeera déversée par les paraboles et le noyautage
des associations par les Frères musulmans héritiers des conceptions
d’un Hassan al-Banna très inspirés par le nazisme auront fini par
créer au milieu de la société française des ïlots d’archaïsme
médiéval qui n’ont cependant aucune chance de pouvoir y perdurer.
Tout cela disparaîtra avec les dernières convulsions d’un islam
déjà au terme d’une régression qui est l’exact équivalent d’une
agonie. Cela dit, on n’est pas encore tout à fait sorti de
l’auberge : il y a des agonies qui peuvent se prolonger et font
rêver du bonheur de la mort subite. Toutes, cependant, se terminent
toujours de la même façon.
On est encore dans le religieux ; j’en profite donc pour prophétiser : dans vingt ans, partout, nous en serons tous sortis, comme on sort d’un long cauchemar.