@Renaud Bouchard
Je disais qu’il
faudrait « quelque chose » ; vous précisez : "une
vision politique", et si on continue dans ce sens, on tombera
fatalement sur la formule de De Gaulle : « un grand dessein ».
Cela reste évidemment plus facile à dire qu’à réaliser, et pour y
parvenir il faut probablement, comme dans les grandes réussites de
l’art, un peu de cette intuition visionnaire qu’on n’arrive jamais à
définir et qui reste toujours, malgré qu’on en ait, de l’ordre du
je-ne-sais-quoi.
L’ancien officier du KGB et le grossier
personnage qui aura finalement terrassé Clinton ne ressemblent guère
à un De Gaulle habité par une heureuse mégalomanie héritée du
grand siècle et de ses bienséances, mais l’objectif de l’un étant
de rendre à l’Amérique sa grandeur, et celui de l’autre de faire
retrouver à la Russie sa puissance du temps de l’empire soviétique
ou des tsars, leur objectif commun a tout de même quelque chose de
très gaullien et d’assez bon augure. Par exemple, reconnaître la
Chine au milieu des années 60, c’était surprenant, mais c’était
dire la prééminence des peuples sur les régimes politiques
contingents qu’ils peuvent subir à tel ou tel moment de l’histoire.
Les récentes initiatives d’un Obama complètement dépassé, et
depuis le début, par un Orient compliqué et qu’il ne comprend pas,
sont vraiment de l’ordre du misérabilisme politique. Face à ce
gamin vindicatif, Poutine a beau jeu de jouer les grands seigneurs,
d’affecter de négliger les provocations, et pour nous, qui sommes
désormais à la remorque des Etats-Unis dans le domaine de la
politique étrangère, je trouve qu’une pareille insuffisance est
insupportable. Il était grand temps que cela prenne fin, mais il reste encore quelques semaines durant lesquelles je crains le pire.