Je fais toujours plus ou moins un journal des événements. Surtout en voyage, toujours un euphorisant. A l’automne 2008 nous sommes descendus en voiture en italie, et je suivais sur fond de crise économique, dans la stampa, l’arrivée du nouvel espoir, avec un peu d’appréhension. Et si les démons revenaient ?
C’était
comme une rediffusion, mais avec des sous-titres en italien, prouvant
un peu plus que c’était une comédie, avec happy end assuré. Un
truc facile à piger : Le bien, le mal ! L’ancien du
Vietnam bombant le torse, exhibant ses blessures, et levant les deux
poings en l’air ! Le fils d’esclave qui séduisait même les
filles blondes du Texas ! On connaissait l’histoire à venir
par cœur, et on avait peur !
Mais
il n’y avait aucune raison que cela se termine mal !
Le
visage bleuté et souriant de Barak, se réfléchissant sur la
fenêtre à double vitrage, redonnait un peu de chaleur à notre
chambre d’hôtel minable. Ce dessus de lit rouge, assorti à la
lampe de chevet, devait nous faire ressembler à un de ces couples
fatigués que l’on voit dans les tableaux de Hoopper.
On
ne s’était pas rendu compte à quel point Barak faisait partie
maintenant de la famille, avant de le revoir, là, perdu avec nous,
entre voie ferrée et autoroute. Après toutes ces complications, les
péages, et les bifurcations, ça faisait du bien de se détendre en
retrouvant notre héros.
Le
pauvre avait un planning d’enfer. Derniers meetings, derniers
réglages ! Il fallait surtout qu’il s’alimente bien :
Une banane, un jus d’orange au réveil comme nous le faisions
nous-mêmes. Ca n’a l’air de rien, mais l’énergie vient autant
de l’estomac que du cœur ! Je lui fis un petit signe de la
main, il nous repéra aussitôt. Il avait cinq minutes, il voulait
bien descendre de la télé pour parler un peu avec nous. Il défit
sa veste, dénoua sa cravate, retroussa les manches de sa chemise, et
s’assit naturel sur le lit. Très simple, le gars ! Comme vous
et moi ! Quel dommage de n’avoir rien d’autre qu’un vin
mousseux merdique arraché au petit frigo à lui offrir ! Les dernières images que nous
venions de voir sur la RAI n’étaient tout de même pas très
rassurantes. Deux jeunes néo-nazis, voulant lui faire la peau
venaient d’être coincé par la police ; Ils avaient prévu de
foncer sur lui au volant de leur bagnole comme dans un mauvais
thriller, après avoir tué 88 noirs et décapité 14 autres !
« Nous devons protéger l’avenir de la race et l’avenir des
enfants blancs ! » Assuraient-ils.
Je
leur aurais bien conseillé un bon laxatif de la pensée.
Barak
ne disait rien, et se contentait de sourire, l’air sûr de lui,
comme un de ces sprinters aux longues jambes prenant appui dans leurs
startings blocks, fermé sur leur univers mental, et n’entendant
pas être dérangé par le cri de quelques énergumènes.
Les
hurlements de la foule, et les sirènes hurlantes des voitures de
police me sifflaient encore dans les oreilles, quand Barak repartit
comme il était venu, d’un mouvement souple et ondulant, enjambant
les parois de cette télé minuscule qui ressemblait à une maison de
poupée. J’essayais en vain de le rappeler ; il avait oublié
sur le lit la chemise porte-bonheur que je venais de sortir de ma
valise !
C’était
trop con ! J’espérais simplement que le sort du monde n’en
serait pas affecté !
Que
vienne l’antéchrist, et la chienlit, mais tout de même pas avant
la fin de nos vacances !