SUITE
En juin 1942,
Donovan, homme de confiance du président démocrate pour les affaires spéciales,
crée l’Office of Strategic Services (OSS), le service secret américain du temps
de la Seconde Guerre mondiale dont il devient le chef et qu’il quittera à sa
dissolution, en septembre 1945, sans perdre le contact avec l’univers du
renseignement : ” Wild Bill ” tisse des liens privilégiés avec la Central
Intelligence Agency, la CIA, créée officiellement le 15 septembre 1947 par une
loi sur la sécurité nationale signée par le successeur de Roosevelt, Harry
Truman.
Prenez le
vice-président de l’ACUE Walter Bedell Smith, ancien chef d’état-major
d’Eisenhower pendant la Seconde Guerre mondiale puis ambassadeur des Etats-Unis
à Moscou. A partir d’octobre 1950, celui que ses amis surnomment le ” Scarabée
” ( beetle en anglais) va prendre les commandes de la CIA. 1950, c’est
justement l’année o๠des universitaires comme Frederick Burkhardt et surtout
William Langer, historien à Harvard, lancent la section culturelle de l’ACUE.
Ces deux proches de Donovan ont servi autrefois dans les rangs de l’OSS. Langer
en a dirigé le service Recherche et Analyse et, excellent connaisseur de la
politique française, a méme commis après-guerre un ouvrage savant qui
s’efforçait de dédouaner Le Jeu américain à Vichy (Plon, 1948).
Prenez surtout
Allen Dulles. A l’été 1948, c’est lui qui a ” inventé ” le Comité avec Duncan
Sandys, le gendre de Churchill, et George Franklin, un diplomate américain.
Principal associé du cabinet de juristes Sullivan & Cromwell, Dulles
n’impressionne guère de prime abord avec ses fines lunettes, ses éternelles
pipes de bruyère et ses vestes en tweed. Sauf qu’avec ce quinquagénaire, un
maître espion entre dans la danse.
Retour à la case
Seconde Guerre mondiale. Chef de l’OSS à Berne, Dulles noue en février 1943 des
contacts avec la délégation de Combat en Suisse. Un temps, il assurera méme le
financement du mouvement clandestin. ” Coup de poignard dans le dos du général
de Gaulle “, s’insurge Jean Moulin au nom de la France libre. ” Survie de la
Résistance intérieure menacée d’étranglement financier “, rétorque Frenay.
Pensant d’abord à ses camarades dénués de moyens, aux maquisards en danger, il
ne voit pas pourquoi Combat devrait se priver d’un argent allié versé, c’est
convenu, sans contrepartie politique. Cette ” affaire suisse ” va empoisonner
un peu plus encore ses rapports avec Moulin.
En 1946, Dulles
démissionne des services secrets… pour en devenir aussitôt l’éminence grise,
prenant une part prépondérante à la rédaction du texte de loi présidentiel sur
la sécurité nationale. Cofondateur à ce titre de la CIA (pour les initiés :
l’Agence ou mieux, la Compagnie), Dulles pense qu’en matière d’action
clandestine, privé et public doivent conjuguer leurs forces. C’est lui qui a
déjà inspiré, par l’intermédiaire de ses amis du Brook Club de New York, le
versement des subsides de grosses sociétés américaines à la démocratie
chrétienne italienne menacée par un parti communiste surpuissant. En 1950, il
va reprendre officiellement du service comme bras droit du Scarabée d’abord,
comme son successeur à la téte de la CIA ensuite – de février 1953 à septembre
1961. Record de longévité d’autant plus impressionnant que son frère aîné John
Forster Dulles, restera, lui, ministre des Affaires étrangères de 1953 à sa
mort de maladie en mai 1959.