INFO FRANCEINFO. Assistants parlementaires
du MoDem : les troublants contrats de travail de salariés du parti
centriste.
Dans l’affaire des assistants
parlementaires du parti de François Bayrou, franceinfo a pu examiner les
contrats de collaborateurs d’eurodéputés. Ils ne semblent pas conforter la
défense du Modem.
Franceinfo et la cellule
investigation de Radio France ont révélé, jeudi 8 juin, qu’une dizaine de
permanents du parti centriste avaient, à un moment donné, été rémunérés comme assistants
parlementaires européens. Nous avons eu accès aux contrats et aux
bulletins de salaire de huit d’entre eux. Ils sont pour le moins troublants.
Ces salariés du MoDem ont tous un
point commun : ils sont d’abord embauchés à plein temps par la formation
centriste. Puis, dans un deuxième temps, ils sont détachés auprès d’un
eurodéputé qui va alors prendre en charge entre 20 et 80% de leur salaire. Et dans
certains cas, le contrat stipule que le salarié repassera à un temps plein pour
le MoDem lorsque le député aura terminé son mandat.
Des temps
partiels, partagés entre le parti et l’Europe
C’est le cas de la standardiste
du parti, Sophie B., embauchée en 2001 à l’époque de l’UDF. En 2009, juste
après les élections européennes, elle signe un avenant à son contrat et devient
assistante parlementaire « locale » de Nathalie Griesbeck – les
eurodéputés peuvent avoir des assistants « accrédités », à Bruxelles et
à Strasbourg, et des assistants « locaux », en circonscription. Elue
dans le grand Est, Nathalie Griesbeck dispose d’une permanence et d’une
assistante « locale » à Metz. Mais la secrétaire, elle, employée à
mi-temps, reste en poste à Paris, au siège du MoDem. Pendant cinq ans, le
Parlement européen prendra pourtant en charge près de 60% de son salaire total.
D’autres contrats à temps partiel
intriguent. Celui de Pauline C., embauchée comme « attachée de presse »
du MoDem en août 2008. Elle travaille en théorie plus de 150 heures par mois
pour le parti. Mais en novembre 2009, après l’élection de plusieurs membres du
MoDem au Parlement européen, elle est officiellement détachée auprès de Robert
Rochefort, élu européen dans le Sud-Ouest. En théorie, donc, Pauline C. ne
travaille plus qu’à 40% pour le parti, puisqu’elle est censée consacrer 60% de
son temps à assister son eurodéputé. Une répartition des temps partiels qui
sera sans doute difficile à justifier.
A la même époque (2009-2012),
Robert Rochefort salarie un autre personnage clé de l’équipe de communication
du MoDem : Mickael C., le « responsable du pôle image » du parti.
Il réalise les clips de campagne et filme les meetings pour le MoDem. Or,
en 2011, selon les documents auxquels nous avons eu accès, le Parlement
européen le rémunère pour 110 heures de travail par mois, contre 48 heures
mensuelles seulement pour le MoDem.
Nous avons interrogé Robert
Rochefort sur le cas de ces deux assistants. L’ancien directeur du CREDOC,
pourtant habitué des plateaux de télévisions, affirme qu’il "ne
comprenait rien aux médias à l’époque" et qu’il avait
besoin d’être aidé. Pourtant, ces deux assistants « disparaissent » en
2012, juste après la campagne présidentielle de François Bayrou à laquelle ils
ont largement contribué. Ils ne sont pas remplacés. Robert Rochefort n’a pas su
nous expliquer pourquoi.
La chef de
cabinet de Bayrou rémunérée comme assistante parlementaire de Marielle de
Sarnez
Autre cas, celui de la chef de
cabinet de François Bayrou. D’abord employée à temps plein au parti, elle est
ensuite déclarée comme assistante parlementaire auprès de
Marielle de Sarnez. Le Parlement européen finira par prendre en
charge 80% de sa rémunération totale alors que, selon de nombreux
témoignages, elle était constamment auprès du patron du MoDem, François Bayrou.
D’autres
contrats que nous avons pu consulter posent également question. Et notamment
celui responsable de la formation des élus. Stéphane T. était détaché à trois
quart temps auprès de l’actuelle ministre des Armées, Sylvie Goulard. Or,
d’après nos informations, ses fonctions au sein du parti étaient essentielles
et nécessitaient de nombreux déplacements. Interrogé sur son cas, l’avocat du
MoDem admet une possible « mutualisation de moyens », avant
de préciser : "On n’est pas dans un grand parti, le Modem a
des finances exsangues."
Un comptable pour un euro-député, une pratique inhabituelle
Un autre contrat a attiré notre
attention, celui du directeur financier du Modem. Alexandre N. est un très
ancien salarié du mouvement, embauché du temps de l’UDF. D’après les informations
que nous avons recueillies, Jean-Luc Bennahmias aurait pris en charge 15% de
son salaire pendant un an entre 2013 et 2014. Le député européen nous a
expliqué "qu’il avait besoin d’un comptable pour remettre de
l’ordre dans ses comptes". Une pratique à tout le moins inhabituelle.
Plusieurs spécialistes du sujet nous ont expliqué qu’ils n’avaient jamais
entendu parler de l’embauche d’un comptable en qualité d’assistant
parlementaire.
Le même Jean Luc Bennahmias qui a
également pris en charge pendant un an entre 50 et 80% du salaire de l’ancien
responsable web du parti. C’est un signalement de ce dernier auprès
du parquet, et les révélations de franceinfo, qui avait motivé l’ouverture d’une enquête préliminaire pour
« abus de confiance et recel de ce délit » sur la question des contrats
des assistants parlementaires européens, le 9 juin.
Pour sa défense, le parti
centriste soutient détenir des documents attestant du travail effectif de ces
collaborateurs pour les eurodéputés auxquels ils étaient rattachés. Nous avons
pu consulter certains de ces documents : des échanges de mails, des
réservations de billets d’avion, etc. Mais rien de ce qui nous a été présenté
jusqu’ici ne démontre que certains assistants aient pu consacrer jusqu’à 80% de
leur temps au Parlement européen.
http://www.francetvinfo.fr/politique/modem/assistants-parlementaires-du-modem/info-franceinfo-assistants-parlementaires-du-modem-les-troublants-contrats-de-travail-de-salaries-du-parti-centriste_2238247.html