L’analyse de Thierry Meyssan est intéressante pour comprendre un
revirement qu’il explique par la volonté US, des Séoud, de l’Égypte d’en
finir avec les Frères musulmans, eux-mêmes soutenus par le Qatar,
l’Iran, la Turquie lesquels sont par principe islamique hostiles à une
guerre entre sunnites et chiites.
Or Ryad soutient de plus en plus
Israël qui fait de l’axe (chiite) Hezbollah - Damas - Bagdad - Téhéran
son ennemi, ceci expliquerait cela ... une histoire d’alliances
politiques pour une influence régionale.
Les (soi-disant) mensonges d’Al Jazeera, un cache-sexe dans cette histoire qui tourne au ridicule ...
Islam et cléricalisme au Moyen-Orient élargi
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Le
parti politique des Frères musulmans a été reconstitué, en 1951, par
les services secrets britanniques sur les ruines de l’organisation
homonyme d’Hassan el-Banna. Il est la matrice du terrorisme dans le monde musulman,
ayant formé la totalité des chefs des organisations terroristes,
d’Oussama Ben Laden à Abou Bakr al-Baghdadi. Ce parti politique et ses
organisations armées travaillent en collaboration avec les puissances
impérialistes. Il n’y a rien de religieux là dedans.
Il importe de comprendre que les Frères musulmans et leurs
organisations jihadistes, Al-Qaïda et Daesh, ne sont pas des musulmans
radicalisés ainsi qu’on aime à le prétendre en Occident. Il s’agit de
mouvements politiques et non pas religieux. Le fait qu’ils citent à longueur de temps des passages du Coran n’en fait pas des religieux. Ce sont juste des cléricaux.
Le revirement contre le « printemps arabe » a débuté, en juin 2013,
en Égypte où 33 millions de citoyens ont défilé durant cinq jours contre
la dictature du Frère Mohamed Morsi et pour le rétablissement de
l’ordre constitutionnel par l’armée. La totalité —sans exception— des
partis politiques et des organisations religieuses s’est unie autour de
l’armée contre les Frères musulmans, c’est-à-dire pour la laïcité et
contre le cléricalisme. Dans les mois qui suivirent, le chef des
armées, le général Abdel Fattah al-Sissi, qui ambitionnait d’être élu
président, transmit à l’Arabie saoudite des documents saisis au siège
des Frères. Ils attestaient que des membres de la Confrérie préparaient
depuis le Qatar un renversement des Séoud. La réponse de Riyad
ne se fit pas attendre : arrestation de quelques membres de la Confrérie
en Arabie, attentats au Qatar et soutien inconditionnel à l’élection du
général al-Sissi.
La situation des Séoud était d’autant plus compliquée que
- toute la Confrérie n’était pas impliquée dans le complot ;
- que, depuis 1961, ils étaient les sponsors de la Confrérie via la Ligue islamique mondiale ;
- et que leur régime était adossé au wahhabisme, donc clérical comme les Frères musulmans.
Les Séoud donnèrent carte blanche aux Nayef pour réprimer les
putschistes et rétablir l’ordre. Ils agirent comme ils l’avaient fait en
1990 lors de la révolte des sourouristes. À l’époque, un leader des
Frères musulmans, Mohammed Sourour, était parvenu à convaincre des
wahhabites saoudiens de prendre le pouvoir. Il fallut cinq ans pour
vaincre la rébellion [1].
C’est ce passé qui a ressurgi lorsqu’en mai 2017 le président Donald
Trump est venu à Riyad sommer les puissances musulmanes d’en finir avec
les Frères musulmans. Les Séoud ont décidé cette fois de réagir en rompant non seulement avec la Confrérie, mais en abandonnant l’islam politique.
Que l’on comprenne bien : le fait de prendre le parti de la laïcité ne
change en rien celui d’être fondamentaliste, salafiste. La monarchie du
roi Salmane se trouve dans la même position que la monarchie française
de Philippe le Bel. Pour accompagner cette évolution décisive, le
conseil de famille des Séoud a accepté par 31 voix contre 4 de préparer
l’abdication du roi Salmane, de mettre fin à la règle adelphique de
succession au trône, de sauter deux générations et de désigner le prince
Mohammed ben Salmane comme son prochain roi.
De leur côté, le Qatar et la Confrérie se sont immédiatement
rapprochés de la Turquie et du Pakistan. Surtout, ils ont fait alliance
avec l’Iran, dont ils combattent encore les Gardiens de la Révolution
sur les champs de bataille syrien et yéménite, mais dont le gouvernement
de cheikh Rohani partage leur conception cléricale de l’islam.
Ce retournement de l’Iran met en évidence l’opposition entre son
pouvoir politique et son pouvoir militaire. Il s’appuie sur le pacte
conclu entre Hassan el-Banna, le fondateur de la première Confrérie des
Frères musulmans, et le jeune ayatollah Khomeiny. Un pacte selon lequel les Frères ne lanceraient pas de guerre de religion entre sunnites et chiites,
engagement qui a volé en éclats avec Daesh. Surtout, il s’appuie sur
les ambiguïtés de la Révolution de 1979, à la fois mouvement laïque
anti-impérialiste et processus identitaire clérical, et sur l’évolution
de la fonction du Guide Ali Khamenei, à la fois leader de la Révolution
mondiale et politicien local chargé des équilibres entre factions.
Au vu des treize exigences transmises par l’Arabie saoudite et
l’Égypte au Qatar, il est peu probable que le conflit entre laïques et
cléricaux se résolve rapidement. La question se pose de savoir si les
Occidentaux comprendront ce qui se joue actuellement dans le
« Moyen-Orient élargi ». Eux qui présentaient le président Ahmadinejad
comme un clérical, eux selon qui le Frère Morsi n’avait pas truqué son
élection et avait été renversé par un coup d’État ; eux qui prétendent
que la Libye et la Syrie n’ont pas été attaquées de l’extérieur mais ont
été le théâtre d’une révolution démocratique. À force de se mentir, on perd contact avec la réalité.