@Daniel Roux
Un article documenté, qui m’intéresse d’autant plus sans doute que je penche dans le sens de la critique que fait Elixir de la satisfaction indue que nous éprouvons ici sur nos qualités quasi extrinsèques en matière de démocratie, de bien-être, de justice etc. Que d’autres individus fonctionnent avec la même orgueilleuse satisfaction ailleurs sur la planète ne réduit en rien l’analyse que nous devons faire de nos insuffisances arrogantes.
Il y aurait, à mon avis, un indice de la souffrance individuelle et en particulier au travail dont j’aimerais bien lire les chiffres, qui tiendraient compte si possible d’un minimum de degré d’humanité exigible de toute société. Une notion sans doute indéfinissable, trop variable peut-être en fonction de l’époque et du contexte de guerres, chômage, corruption qui sont de nature, en très peu de temps, de ramener des gens civilisés à une banale économie de survie dans laquelle les « états d’âme » n’ont plus aucune place. On considère d’ailleurs qu’en ce moment en Europe (et probablement ailleurs quelle qu’en soit la forme), la tendance au sauve qui peut et au tout pour ma gueule font des ravages. Soit, il paraît que dans le même temps se développent des réseaux associatifs, participatifs, des économies locales solidaires et écologiques. Fort bien.
Mais voilà, je voulais dire également que soit, on devrait admettre, en ce qui concerne la tranche d’âge concernée par le chômage, qu’elle ne débute plus à 15 ans mais plutôt vers 23 ans, période qui semble reconnue comme étant celle de l’entrée dans la vie active. Je note à cet égard qu’il doit exister une part non négligeable de personnes formées mais disqualifiées en tant que travailleurs car exploitées durant plusieurs années à titre de stagiaires et autres modes pseudo formatifs peu ou non rémunérés. On doit également s’intéresser à l’existence des travailleurs pauvres, à la montée des « jobs à un euro », à la violence faite au travail.
En conséquence, ceci tenant à cela bien évidemment, il devient impossible de cotiser raisonnablement pour sa lointaine retraite dès sa majorité (pour prendre une référence imaginable). Les exigences concernant la durée de cotisation sont elles appelées à augmenter, on ne sait jusqu’où, quand bien même le volume de travail à se partager semble de nature à se réduire drastiquement. Et si pour bâtir désormais les bases d’une retraite qui ne soit pas en dessous du seuil de pauvreté il devient obligatoire de constituer un capital prétendument de nature à dispenser une rente à l’horizon situé à plus de quarante années, autant dire que la colonisation de Mars ressemble, par comparaison, au défi de la réalisation d’un giratoire urbain.
Concluons donc par la constatation que si l’âge statistique d’entrée dans la vie active peut ou doit être déplacé vers 23 ans, celui de la retraite effectivement possible d’un point de vue matériel est reporté d’autant ou de plus, donc certainement au-delà de 62 ans. Pour en revenir à l’indice de souffrance que j’évoquais, on doit également se demander à quel degré d’épuisement en arrivent ceux qui, selon cette « moyenne » statistique de retraite à 62 ans, parviennent ainsi à cette échéance, et quelle vie leur est alors réservée. C’est une chose de prendre sa retraite, mais une autre de la plus haute importance que de pouvoir jouir des années de fin de vie, dans un contexte actuel où, dans nos pays dits civilisés, la durée de vie en bonne santé semble reculer. Et bien évidemment, nous savons, je veux le croire, que passé 45 ans, conserver son travail devient un exercice très complexe, et retrouver un emploi pire encore.