« Un monde qui cherche dans
son savoir des solutions que ce même savoir a mis en place ne pourra jamais
être neuf. » Pensez-vous que l’expérimentation en cours, par exemple,
d’une voiture qui vole, ou d’une voiture programmée sans chauffeur qui vous
transporte en ville, se soit opérée par ce même savoir qui a permis les découvertes
précédentes mais dépassées, et que ce même savoir a beaucoup évolué, beaucoup
progressé par la pensée, par la réflexion, par des calculs là encore opérés par
la pensée, rien que par la pensée, sur la matière, sur ses possibilités
technologiques, « ne pourra jamais être neuf. » Non, Jean, la
pensée est toujours neuve. On ne le sent pas, c’est tout.
La pensée a accès à l’inconnu, c’est
le sens même de vivre. Bien sûr, c’est dit dans le sens global du monde. Pour l’individu,
c’est la routine, il n’a pas besoin de l’inconnu, il craint même l’inconnu. Et
là, je suis d’accord avec vous. Quant à comprendre la nature de la pensée, ce n’est
pas donné à l’homme. C’est un peu comme si vous demandez à une machine produite
par l’homme de prendre conscience d’elle-même.
Nous sommes une machine pensante, et
nous ne pouvons aller plus loin que ce que la pensée peut nous permettre de
penser en bien ou en mal, ou de dire par exemple, « ce même savoir a
mis en place ne pourra jamais être neuf. »
Ou de dire des choses justes, et on
vous donnera raison, ou de dire des choses fausses, ou on vous dira que vous
vous trompez. Donc, c’est selon ce que vous dit votre pensée, que vous vous comporterez
avec autrui. Un autre exemple, vous n’aimez pas une chose, ou une personne, et
puis le temps passe, et vous vous trouvez à adorer cette chose, surtout si elle
est comestible. Vous la chercherez partout, et vous attendrez même la saison
pour qu’elle vienne. Alors que vous ne l’avez pas aimé. De même, cette personne
vous paraît antipathique, et lorsque vous la connaissez mieux, vous vous mettez
à l’estimer.
C’est cela le secret de la pensée
qui vous fait découvrir... ce que vous ne saviez pas.