Au sein du mouvement
indépendantiste catalan, nombreux sont ceux qui défendent l’idée d’une
Catalogne englobant les territoires catalanophones sur le territoire
français. C’est une vue basée sur la question linguistique et des
considérations historiques… Comment définissez-vous ce qu’est la
Catalogne ?
« Malheureusement, parfois dans les gauches, les
étiquettes — et parfois les égos — nous empêchent de travailler beaucoup
plus ensemble. »
Il est vrai, qu’à la base, la
définition du sujet politique est principalement liée à la question
linguistique, et aussi historique. Mais nous ne voulons pas d’un
indépendantisme qui regarde toujours en arrière. C’est un projet du
futur qui n’est pas lié à des questions identitaires. C’est un projet
qui est surtout lié à la volonté des gens et au potentiel
révolutionnaire du sujet. C’est révolutionnaire de combattre la
cartographie du pouvoir. Suis-je féministe pour des questions liées à l’histoire, parce qu’on
a brûlé les sorcières ? Oui, mais surtout pour des questions liées au
futur, parce que je vois le potentiel révolutionnaire de la question.
C’est la même chose avec la question nationale en Catalogne.
Vous venez des mouvements
libertaires, historiquement très forts en Catalogne — tout comme le
mouvement indépendantiste. Ces mouvements n’ont pas toujours entretenu
de bonnes relations. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Le mouvement anarchiste en Catalogne, et je le dis avec beaucoup
d’amour, en est encore aux années 1930, et pense encore à la révolution
de 1936 et à l’expérience absolument brutale de la guerre civile.
Parfois, il ne réussit pas à actualiser son projet politique par rapport
à la situation que nous vivons actuellement. Par ailleurs, je
trouve qu’il est absolument nécessaire de travailler ensemble, parce
que même si tu combats l’État en tant que construction, tu peux défendre
le droit à l’autodétermination. Ce n’est pas une contradiction.
Malheureusement, parfois dans les gauches, les étiquettes — et parfois
les egos — nous empêchent de travailler beaucoup plus ensemble. Mais il y
a beaucoup plus d’exemples de coopération que de l’inverse et au sein
de la CUP ; il y a beaucoup de personnes se revendiquant du
libertarisme.
Comment voyez-vous l’avenir du mouvement indépendantiste ?
Je crois qu’on verra bientôt si nous
avons la force de désobéir à tout un État et je crois que cela va être
décisif. Si nous réussissons, ça sera une très bonne nouvelle, non
seulement pour la Catalogne, mais pour le monde entier : nous aurons
réussi à démontrer que désobéir collectivement peut mener à un futur
plus digne. Il y a également le risque de rester à l’intérieur du cadre
posé par la loi, de devenir victimes de la répression, ou encore de ne
rien changer. Nous travaillons pour rendre les gens conscients du fait
que tout ce qui a été obtenu par la classe ouvrière l’a été grâce à la
lutte, souvent à la désobéissance, et que beaucoup de gens en ont payé
un prix très élevé. Tout cela ne sera pas facile, ce sera long.