@simazou
Les ennemis
jurés du sionazisme ont fait leurs débuts sur la scène internationale en août
2001. Au cours des forums qui ont précédé la Conférence mondiale des
Nations Unies contre le Racisme à Durban, en Afrique du Sud, l’ordre des
avocats arabes a fait circuler des bandes dessinées ou l’on pouvait voir des
soldats israéliens aux dents de vampires avec des drapeaux nazis claquant au
dessus de leurs casques. Un de ces soldats montait la garde devant la porte
condamnée d’un bureau palestinien. Les planches qui condamnaient la porte formaient
une croix gammée.
Un autre
tract pro palestinien superposait la croix gammée et l’étoile de David. Le
poster le plus malveillant qui circulait à Durban montrait Hitler méditant : « Et
si j’avais gagné ? ». Sous le titre « Bonnes Choses », ce poster faisait dire au
Führer : « II n’y aurait PAS d’Israël et PAS de sang palestinien répandu. A vous
d’imaginer le reste. » Comment, toutefois, prétendre combattre le nazisme en
faisant cause commune avec Hitler ? A vous d’imaginer la réponse.
Je suis
révoltée par le fait que ces tacticiens trouvent en Hitler d’autres sources
d’inspiration. Ce n’est pas un hasard si, dans ces bandes dessinées qui
circulaient à Durban, les soldats israéliens ont les dents sanglantes. Trop
d’intellectuels, de journalistes et d’hommes politiques arabes et musulmans
racontent à leur public que les Juifs sont des nazis parce qu’ils siphonnent le
sang des enfants non juifs pour leurs cérémonies religieuses. Connue sous le
nom de diffamation du sang, cette fiction était une des calomnies préférées
contre les Juifs, propagée dans la publication nazie Der Stürmer. Par ce biais
aussi, des calomniateurs d’Israël couchent avec Hitler. Ils copient les nazis
afin de s’opposer à ce qu’ils appellent le nazisme.
Je ne
comprends vraiment pas. Et leur absence de logique est tolérée aux échelons les
plus élevés de la diplomatie. Un ministre de la Défense syrien publie des
livres et produit un film dans lesquels il qualifie les Juifs de vampires. Pas
en un sens métaphorique, figurez-vous ; des vampires, au sens littéral.
Toutefois, loin d’avoir à s’ en expliquer à la Conférence mondiale des
Nations unies contre le Racisme, la
Syrie siège à la commission des droits de I’homme. Cela en
plus du prestige acquis avec sa nomination au Conseil de Sécurité des Nations
unies. Prêt pour le coup de grâce ?
Israël a été
le seul pays au monde critiqué dans les documents officiels de la Conférence des Nations
unies contre le Racisme. Pourquoi un décrochage moral aussi renversant ?
Quelqu’un peut-il m’expliquer ? En fin de compte, je suppose que cela tient à la
façon dont vous définissez le sionisme.
Pour
ses défenseurs, le sionisme représente le retour dans sa patrie d’un peuple
historiquement persécuté et démographiquement déclinant. Mais pour ses
adversaires, le sionisme est un racisme - une idéologie fomentée par de riches
Juifs d’Europe qui ont investi sur l’idée que le « peuple élu » de Dieu pouvait
voler la propriété d’autrui et la peupler grâce à la discriminatoire Loi du
Retour. La loi s’applique à ceux qui partagent un trait exclusif : l’ascendance
juive. Tout connue le Troisième Reich avait vanté la pureté de la race aryenne,
Israël n’existe que pour entretenir le privilège biologique des Juifs.
Essayons de
comprendre ce qu’il en est. David Matas, le célèbre avocat international des
droits de l’homme, trouve qu’il est bizarre de rapprocher le sionisme et le
racisme. « Les Juifs sont de toutes les couleurs, rappelle-t-il. Il y a des
Juifs - les Falashas - qui, grâce à la
Loi du Retour, ont pu être transportés d’Ethiopie en Israël.
»
(note personnelle : ce qui leur a sauvé la vie !… car leur communauté en Ethiopie
était menacée d’extinction par les persécutions qu’ils subissaient.) Ce qui me fait
brusquement penser que si les militants pro palestiniens se souciaient d’être
précis, leurs bandes dessinées diaboliseraient des soldats israéliens noirs.
Pourquoi les méchants seraient-ils toujours les Blancs ? Ma question ramène à
celle, plus importante, posée par Matas : la Loi du Retour qui inclut toutes les races
peut-elle être légitimement qualifiée de « raciste » ? Bonne question.
(…)
Sur la
question de la citoyenneté, Israël opère une discrimination. De la même façon
que le fait une politique de discrimination positive, Israël donne l’avantage à
une minorité qui a connu historiquement l’injustice. En ce sens, l’Etat juif
est un régime de discrimination positive. Les libéraux devraient adorer
ça.
Est-ce
que la discrimination positive des Israéliens en fait des nazis ? Soyons
sérieux. (…) Israël est un des rares pays qui ait accueilli, puis donné la
citoyenneté aux boat people du Vietnam qui demandaient l’asile politique à la
fin des années 70. Je n’ai même pas à me demander ce qu’a fait la Syrie dans ce domaine.
Venons-en
maintenant à la preuve ultime concernant les accusations ridicules qui
voudraient faire d’Israël un bunker hitlérien de la haine : c’est le seul pays
du Moyen-Orient vers lequel les Chrétiens arabes émigrent volontairement. Ils y
prospèrent, ils sont plus nombreux et plus diplômés dans les universités que les
citoyens arabes d’Israël, et ils sont même globalement en meilleure santé que
les Juifs. (…) Israël apporte, je trouve, plus de compassion dans la
« colonisation » que ses adversaires n’en ont jamais apportée à la « libération ».
L’Etat juif négocie les tensions ouvertement. C’est la matière même d’une
démocratie authentique. Peut-on observer une démocratie sensée dans n’importe
quel Etat islamique d’aujourd’hui ? ”
Irshad
Manji : “MUSULMANE
MAIS LIBRE “, Pages 174 à 183.
L’édition
originale de son livre « The Trouble With Islam » est
traduite en français sous « Musulmane mais libre » Essai (poche). Paru en 03/2006.