Une analyse évidemment imparable. Daniel Martin a raison de revenir sur cette question toujours aussi taboue dans les milieux écologistes et de dénoncer la position absolument incompréhensible de Pierre Rabhi.
Pour information voici la réponse que le porte-parole de l’association Démographie Responsable avait fait parvenir au journal La Croix suite aux propos de Monsieur Rabhi. Oui, l’imposture est probablement de l’autre côté.
Réponse
au texte de Monsieur Pierre Rabhi.
Imposture ?
Mais de quel côté est l’imposture ?
Dans vos propos rapportés
dans l’édition du journal LA CROIX en date du 15 novembre, vous qualifiez
d’imposture tout argument démographique.
Imposture ? Etrange
qualificatif envers les idées de ceux qui se préoccupent des équilibres
écologiques et s’inquiètent qu’une espèce (de grande taille) ait pu multiplier
ses effectifs au-delà de ceux de toutes les autres dans l’histoire de la vie
sur la planète et au-delà de toutes les règles de l’écologie qui veulent qu’un
prédateur soit en nombre limité.
Sont-ils des imposteurs ceux
qui constatent qu’en 40 ans le nombre des vertébrés a été divisé par deux
tandis que celui des hommes était, lui, multiplié par deux, du fait de la
croissance de nos effectifs qui nous conduit à occuper tous les territoires au
détriment du reste du vivant ? Ce n’est pas le réchauffement climatique
qui a tué un animal sur deux, c’est bien nous qui avons pris leurs habitats.
C’est bien la pêche qui vide aujourd’hui les mers, pour nourrir 7,6 milliards
d’humains !
Vous préconisez
l’agro-écologie, juste souhait que nous soutenons d’ailleurs entièrement, mais
il ne s’agit pas seulement de nourrir les hommes, il faut aussi vivre en
harmonie avec le reste du monde, c’est-à-dire le partager et ce partage
concerne l’ensemble du vivant.
Vous dénoncez à juste titre
l’inégalité des consommations et des pollutions associées, les pauvres étant
beaucoup moins responsables que les riches. Certes, mais s’ils consomment moins,
c’est justement parce qu’ils sont pauvres. Et la plupart souhaitent une autre
vie. Par vos propos vous ne défendez pas les pauvres, vous défendez la pauvreté,
même si vous lui donnez le beau nom de frugalité. Il ne s’agit pas de
préconiser bien sûr le luxe ostentatoire ou le gaspillage mais bien de pouvoir
donner un peu à chacun, et nous ne pourrons le faire à bientôt 10 milliards
(peu après 2050). Nous serons alors 45 à 50 fois plus nombreux qu’à l’époque de
Jésus-Christ, pourtant pas si lointaine. Comment n’être pas frappé par un tel
ordre de grandeur ?
Claude Lévi-Strauss, Henri
Bergson, Albert Einstein, Marguerite Yourcenar se sont tous alarmés de l’explosion
démographique ; étaient-ils des imposteurs ? Le sont-ils aussi les
15 000 scientifiques qui viennent de signer un appel largement médiatisé
où la question de la maîtrise démographique est clairement évoquée ?
Il est temps de quitter le
déni, de prendre du recul, de comprendre que nos effectifs actuels sont une
exception non durable dans l’Histoire. D’admettre que l’humanisme est du côté
d’une certaine modestie démographique et non pas de celui d’une affirmation
selon laquelle nous pourrions, par des comportements, certes vertueux, mais
bien improbables par ailleurs, nous abstraire de toute contrainte quantitative,
la planète est de surface finie, nous devons l’accepter.
Didier Barthès, Porte-parole de Démographie Responsable