L’homme peut prendre deux formes d’excès : l’abandon aux bas instincts, le moi hypertrophié. Le premier excès est celui de la foule (comme le montre Gustave le Bon), le second est un excès produit par l’individu lui-même (le Moi haïssable comme disait Pascal). Evidemment, il ne faut tomber dans aucun de ces deux excès opposés.
Vous écrivez « la réflexion est remplacée par le réflexe ». c’est là une inversion de l’évolution, puisque l’homme a évolué du simple réflexe animal vers la réflexion. La réflexion incorpore le temps et conduit à la temporisation nécessaire à la pensée avant la réaction. Mais la foule abolit toute exigence de temporisation : elle réagit instinctivement en abolissant le temps nécessaire à la réaction.
Mais c’est aussi ce qui fait tout le charme de l’émotion collective : cette communion en temps réel. Avant les gens regardaient tous la télé et la même chaîne, spécialement le film du dimanche soir. Le lundi, ils parlaient entre eux du film vu la veille. Nous sommes dans un autre monde où chacun regarde un média différent. Il faut dès lors trouver d’autres grands moments de communion. D’où peut-être ma prolifération des cérémonies autours des drames collectifs qui autrefois n’étaient que des faits divers. D’où aussi les commentaires et images en boucle sur les chaînes d’information et en direct.
L’homme a toujours pratiqué l’émotion collective : dans les grottes ils partageaient leurs émotions « en direct » en les amplifiant en rendant hommage aux animaux. Les émotions étaient peintes sur les parois : la joie (de procréer, de chasser), mais aussi l’admiration teintée de crainte pour les grands fauves (très représentés sur les parois).