D’abord je rappelle que Michéa recommande à raison de ne pas confondre les termes de radicalisation (qui se rapporte aux racines) et d’extrémisme (qui se rapporte, au contraire, à une vision jusqu’au-boutiste d’une idéologie quelle qu’elle soit).
Il y a certes un mouvement laïciste-laïcard qui se montre incapable de la moindre compromission, pourtant nécessaire à tout dialogue et à toute négociation, et cela s’appelle de l’extrémisme. Tout comme il existe un extrémisme qui se réclame de l’islam (puisque c’est de cela qu’il est question dans ce pays depuis des années, en filigrane, avec l’apparition d’un voile dans les rues et la sphère publique, qu’on ne voyait presque pas il y a 30 ans).
Ça va être compliqué de discuter entre extrémistes... Personne ne convainquant personne, ça se termine en général dans les tribunaux ou au couteau.
Si on revient aux racines de la laïcité (racine = radical), il ne s’agit pas d’anti-cléricalisme fondamentaliste... Mais tout au contraire, du respect des convictions de chacun, où chacun doit faire un effort pour se faire accepter dans la communauté générale, ce qui n’est certes pas ce qu’on observe de la part de certains, qui affirment désormais ne pas reconnaître le pays qui les accueille, voire affirment une volonté de destruction de celui-ci. Ils me semblent cependant encore largement minoritaires, la seule différence étant qu’ils n’avaient pas accès à une parole publique il y a encore quelques années. Mais tout arrive avec internet, les « réseaux sociaux » et l’inconséquence actuelle de nos politiques décadents et sans boussole en terme de sens commun, de bien commun, d’intérêt commun, et qui n’agitent que la division, dans laquelle beaucoup tombent d’ailleurs très facilement, d’un côté comme de l’autre, et j’y inclus l’extrémisme laïcard qui fait virer des élèves des écoles pour un bout de chiffon sur la tête au lieu de favoriser un débat public sain. Cela ne fait que renforcer la position inverse. Il ne s’agit pas d’une lutte de territoire avec du terrain à perdre ou à gagner, mais d’affirmer les principes d’un pays d’accueil, sans écraser l’autre sous le marteau d’une pseudo justice qui ne sert ici que la provocation envers des populations opprimées parmi d’autres, et qui elles se servent de l’islam comme d’un instrument identitaire à la manière d’une arme de légitime défense.
Il faudrait que chacun puisse comprendre la position de l’autre et qu’un terrain de débat soit instauré. Au lieu de ça, chacun agite son pavillon en excitant l’autre, et on n’arrive à rien : la situation empire car elle ne peut qu’empirer dans un tel contexte hystérique.
La laïcité implique certes que les membres de telle ou telle religion renoncent aux signes ostentatoires, ainsi qu’au prosélytisme. La laïcité n’est pas censée, quant à elle, être une idéologie religieuse qui se remarque par l’absence totale d’identité, hors du néant de l’appartenance à une « république » moderne, entité par excellence de l’anéantisation des groupes et des individus qui seraient sommés de se fondre dans une société sans identité autre que son appartenance au grand marché mondial. C’est clairement un des points que contestent certains extrémistes de l’islam qui prônent en fait un retour à des valeurs plus essentielles (avec toutes les dérives que cela nourrit chez les esprits les plus incultes, les plus violents et les plus réactionnaires). On peut ne pas être en accord avec ceci, encore faut-il saisir tous les tenants et aboutissants de la situation, et cesser de camper sur une position psycho-rigide et intenable, qui a pour angle mort tous les torts des sociétés capitalistes occidentales amorales, car cela ne fait que servir l’argumentaire des extrémistes religieux en tous genres.