@Julien Esquié.
La Constitution de 1978 donne un statut particulier à trois provinces : le Pays
basque, la Galice et la Catalogne .La Constitution de 1978 est une avancée pour les Catalans. Le Référendum de 1979 (approuvé à 88%) donne un nouveau statut d’autonomie à la Catalogne
En 1979, la Catalogne obtient un nouveau statut d’autonomie régionale,
lors d’un référendum approuvé par 88,1% des votants. Celui-ci leur confère notamment des compétences en matière d’éducation, de santé ou
encore de politique linguistique et leur permet de créer une police
autonome.
En mars 2006, le Parlement espagnol définit la région comme une « Nation » dans l’État espagnol, ce qui renforce l’autonomie catalane les
Catalans disposent alors officiellement d’un drapeau national, d’un hymne et
de fêtes populaires. A ces symboles nationaux s’ajoutent l’usage de la langue catalanequi devient non seulement un droit mais aussi un devoir en Catalogne.
C’est le Parti populaire de la droite de Rajoy qui allumera le feu qui sera le point de départ de la crise actuelle en faisant annuler par le Conseil constitutionnel « la valeur juridique de la définition de la Catalogne comme « nation » et
l’usage du catalan comme « langue préférentielle » dans l’administration
et les médias. » Plus d’un million de Catalans protesteront dans les rues de
Barcelone contre ce retour en arrière voulu par la droite néo-franquiste et la monarchie corrompue...
En guise d’exemple, voici une sélection
de lois qui, après avoir été adoptées par le Parlement catalan pour leur
application en Catalogne, ont été suspendues (définitivement ou en
attendant leur examen final) par le Tribunal constitutionnel espagnol
(TCE) en 2015 et début 2016. Le TCE agit, dans ce contexte, à la demande
du gouvernement espagnol.
Vous écrivez « Je ne sais quelles sont ces « lois sociales » (annulées par le Tribunal constitutionnel) ce qui évidemment vous arrange bien dans votre démonstration de soutien aux forces politiques de « gauche » comme de droite de la monarchie espagnole issue du franquisme...
En voici une liste :
Loi contre la pauvreté énergétique. Selon cette loi,
l’accès à l’électricité, au gaz ou à l’eau de la part de personnes en
situation de « risque d’exclusion de logement » constitue un droit. Les
services sociaux locaux auraient la possibilité d’intervenir pour éviter
la coupure à l’accès de ces biens de consommation fondamentaux. Les
entreprises en question devraient garantir gratuitement leurs services
si les personnes affectées satisfont les critères de « risque
d’exclusion de logement ». Le TCE considère que les entreprises ne
peuvent pas être obligées à subvenir aux besoins des familles en
situation de risque.
-Loi interdisant le fracking.
Cette loi interdit complètement l’usage de la technique de fracture
hydraulique pour la recherche d’hydrocarbures. Le but est d’en éviter
les effets écologiques et socioéconomiques indésirables. Le TCE a
considéré qu’une telle mesure empiète sur les compétences de l’Etat
central.
Loi d’impôt sur les logements vides.
Cet impôt toucherait les propriétaires des appartements vides depuis
plus de deux ans, sans cause justifiée. Il vise surtout les entités
financières qui possèdent des nombreux logements. La mesure toucherait
environ 15000 habitations. Pour le gouvernement espagnol, ces normes se
superposent à l’espace réservé à l’Etat qui à légiféré dans ce domaine
même si différemment.
Loi des gouvernements locaux.
Cette loi vise à identifier et à clarifier les rôles de chaque niveau
de gouvernement en vue d’en assurer la durabilité financière et
l’efficacité, notamment en simplifiant les structures administratives et
en évitant les doubles emplois. Cette réforme supposerait une économie
d’environ 1000 millions d’euros par législature. Il s’agit également de
promouvoir la transparence et la participation des citoyens. En cours
d’examen par le TCE, le gouvernement espagnol considère qu’il existerait
un octroi indu de compétences par le gouvernement catalan.
Loi interdisant les grandes surfaces commerciales en dehors des villes.
Cette loi interdit l’implantation d’établissements commerciaux d’une
surface égale ou supérieure à 800 mètres carrés en dehors des « trames
urbaines consolidées ». Le TCE considère que la loi ne s’appuierait pas
sur des « raisons impérieuses d’intérêt général », tel qu’exigé par la
loi de base de l’Etat central.
Loi d’action extérieure et de relations avec l’Union européenne.
Cette loi vise à renforcer les relations avec l’UE et à continuer
d’avancer vers une action extérieure efficace et cohérente. Elle cherche
à positionner les intérêts de la Catalogne dans le monde et à renforcer
les relations avec d’autres gouvernements, organismes multilatéraux et
réseaux de coopération dans l’UE. Pour le TCE, la compétence des
relations extérieures serait exclusive de l’Etat central.
Loi du Síndic de Greuges (entité de défense des citoyens).
Le TCE a considéré qu’il ne faut pas évoquer que cette entité soit une
« autorité catalane » pour la Prévention de la torture i d’autres
traitements ou peines cruels, inhumains ou dégradants, en cohérence avec
le Protocol facultatif de la Convention des Nations Unies adopté per
son Assemblée Générale (Résolution 57/199, du 18 décembre de 2002,
ratifiée par l’Etat espagnol le 3 mars 2006).
Non sans humeur, le dessinateur catalan
Jordi Calvís a produit une vidéo sur la suspension des lois catalanes.
Voir dans cette page : http://www.vilaweb.cat/noticies/les-prohibicions-del-tc-en-un-video-animat/
Il est aisé de conclure que si toutes
ces lois et bien d’autres sont suspendues pour des raisons
constitutionnelles (30 normes sont actuellement en attente d’examen), la Constitution espagnole apparaît comme n’étant en aucun cas « fédérale ».
En fait, le système des Communautés autonomes est essentiellement une dévolution administrative « sous surveillance »,
pouvant en tout moment être remis en cause par les lois approuvées à
Madrid. Bien que l’usage qui est fait de la Constitution pourrait être
moins centralisateur, il n’est pas imaginable de faire évoluer cette
situation sans une réforme approfondie du texte pour, au minimum,
inclure la reconnaissance des nations non espagnoles et de leur action
politique et économique effective. Toute réforme, même modeste, est toutefois très compromise :
bien plus d’un tiers du Parlement et du Sénat espagnols sont et seront
contrôlés par les forces politiques contraires, le Parti Populaire et
Ciudadanos. Tandis que les socialistes du PSOE ne sont pas loin de la
droite à cet égard, Podemos ne prévoit qu’une vague « multiculturalité »
de l’Etat.