Italie : raz-de-marée antisystème,
l’extrême droite revendique le pouvoir.
M5S : 32 %
Coalition droite – extrême droite :
37 %
Parti Démocrate (gauche
pro-européenne) : 19%
Une percée historique des forces
antisystème et eurosceptiques, majoritaires après les législatives
dimanche, plonge dans l’incertitude l’Italie, où le chef de
l’extrême droite a revendiqué de diriger le gouvernement.
Avec
un vote marqué à la fois par le rejet de la vieille classe
politique, l’exaspération face au marasme économique et les
tensions autour des migrants, l’Italie s’inscrit dans la lignée du
Brexit, de la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis et de la
poussée de l’extrême droite ailleurs en Europe.
"Pour
la première fois en Europe, les forces antisystème l’emportent",
a résumé l’éditorialiste du quotidien La Stampa.
La
coalition de droite – extrême droite est arrivée en tête avec
37% des voix, selon des résultats partiels portant sur 95% des
bureaux de vote.
Mais en son sein, c’est la formation
eurosceptique et anti-immigration du chef de la Ligue du Nord Matteo
Salvini, proche du Front national (FN) français, qui a largement
devancé le parti de Silvio Berlusconi.
"Je suis
quelqu’un qui tient parole et l’engagement a été pris au sein de la
coalition : qui l’emporte peut gouverner", a lancé M. Salvini,
comme un appel au vieux milliardaire à tenir sa promesse.
"Nous
avons le droit et le devoir de gouverner dans les prochaines années",
a-t-il insisté, même si la coalition ne semble pas en mesure
d’avoir la majorité au Parlement.
Mais cette perspective est
mise à mal par la percée historique du Mouvement 5 Etoiles (M5S,
antisystème), qui devient le premier parti du pays avec un score
dépassant les 32%.
- Pas de ’majorité étrange’
-
Désormais, « tout le monde devra parler avec nous »,
s’est réjoui Alessandro Di Battista, l’un des responsables du
mouvement, après une campagne dirigée contre la corruption et la
« caste » politique italienne.
M. Salvini a assuré
qu’il parlerait « avec tout le monde » mais il a exclu devant
la presse tout accord « de majorité étrange » avec le M5S :
« N, O, N, NON, et soulignez trois fois ! ».
Le jeune
leader, qui aura 45 ans vendredi, a transformé l’ancienne Ligue du
Nord sécessionniste en une formation souverainiste et martelé un
discours anti-immigration et défiant à l’égard de Bruxelles, qui
semble avoir porté dans un pays en proie à l’euroscepticisme et qui
a vu débarquer près de 700.000 migrants depuis 2013.
Silvio
Berlusconi, qui s’était présenté à Bruxelles comme le seul
rempart contre les populistes et les forces anti-euro, a donc perdu
son pari et il n’est pas certain qu’il accepte de se ranger derrière
M. Salvini. Le vieux milliardaire ne s’est pas exprimé depuis
dimanche soir.
A l’étranger, Marine Le Pen, présidente du
FN, a adressé via Twitter ses « chaleureuses félicitations »
à M. Salvini, estimant que sa « progression spectaculaire »
était « une nouvelle étape du réveil des peuples ».
Nigel
Farage, ex-chef de l’Ukip, parti pro-Brexit en Grande-Bretagne, a
pour sa part félicité sur Twitter ses « collègues » du
M5S.
Ce mouvement, fondé par le comique Beppe Grillo en 2009,
avait déjà créé la surprise en raflant 25% des voix aux dernières
législatives de 2013, et s’assure une position centrale dans le
futur Parlement.
- ’Aucune forme de gouvernabilité’ -
Le
Parti démocrate (PD, centre gauche) de Matteo Renzi et du
gouvernement sortant a de son côté enregistré dans les urnes une
baisse plus forte qu’attendue, avec environ 19% des voix, selon les
résultats partiels, soit moins de la moitié des 40% obtenus aux
élections européennes de 2014.
"Il est clair que pour
nous il s’agit d’une défaite évidente", a commenté Maurizio
Martina, un des plus hauts responsables du PD.
C’est
d’ailleurs l’ensemble de la gauche qui boit la tasse. Les frondeurs
de Liberi e uguali (libres et égaux, gauche), sont à peine
au-dessus du seuil des 3% nécessaires pour entrer au
Parlement.
L’absence probable de majorité pour la coalition
de droite comme pour le M5S contraint les leaders politiques italiens
à des calculs et des tractations, qui s’annoncent longs et
complexes.
"Les vainqueurs de cette bataille électorale
sont Matteo Salvini et Luigi di Maio", le chef de file du M5S,
mais « tout cela ne conduit à aucune forme de gouvernabilité »,
assure l’éditorialiste de La Stampa.
Il appartiendra
désormais au président italien, Sergio Mattarella, de démêler
l’écheveau dans les prochaines semaines. Mais ses consultations
politiques officielles ne s’ouvriront pas avant la fin du mois, une
fois élus les présidents des deux chambres.
https://www.romandie.com/news/ZOOM-Italie-raz-de-maree-antisysteme-l-extreme-droite-revendique-le-pouvoir/896068.rom