Si cela arrivait chez nous, cela ferait scandale. En Israël, c’est la norme
Que diriez-vous d’une ville blanche
quelque part en Europe qui gèlerait un appel d’offres pour des parcelles
de terrain dans un nouveau quartier parce que cela risquerait de
permettre à des noirs d’y emménager ? Diriez-vous qu’elle est raciste ?
Que penseriez-vous du maire de la ville s’il assumait sans ambages cette
décision en invoquant l’objectif de préserver le « caractère blanc » de
sa communauté ? Que c’est un fanatique ?
Et comment caractériseriez-vous la
politique de l’État dans lequel se trouve cette ville si celui-ci
faisait appliquer une ségrégation presque complète entre blancs et
noirs, ghettoïsant ainsi la population noire ? Comme une politique
d’apartheid, ou peut-être comme une politique relevant des lois Jim Crow ?
Eh bien, il vous suffit de remplacer le
mot « blanc » par « juif » pour que cela décrive ce qui vient de se
passer à Kfar Vradim, une petite ville de 6 000 habitants située en
Galilée, dans le nord d’Israël. Ce qui est encore plus inquiétant, c’est
que la politique de Kfar Vradim ne peut être jugée comme un cas isolé.
Il s’agit d’un reflet de la façon dont la société israélienne est
intentionnellement structurée depuis des décennies.
La ségrégation en tant que norme
La ségrégation résidentielle entre
citoyens juifs et non juifs est la norme en Israël. En fait, ce fait est
si établi qu’on le commente à peine. Plusieurs centaines de communautés
rurales contrôlant presque toutes les terres d’Israël sont
exclusivement juives, et le sont depuis la création d’Israël il y a
70 ans.
Des comités de contrôle
Mais il y avait aussi un risque de voir
des Palestiniens plus riches et plus prospères fuir leur ghetto non pas
pour quitter Israël, mais pour chercher à s’installer dans des
communautés juives et essayer de s’intégrer. Cela entrait en violation
avec les pulsions les plus profondes d’un État juif sioniste.
Il n’a pas été difficile de claquer la
porte de la plupart des communautés juives au nez des Palestiniens. Les
centaines de villages juifs qui contrôlaient la plupart des « terres
nationales » d’Israël ont créé des comités d’admission dont la mission
consistait à contrôler les candidats et à tenir les citoyens
palestiniens à l’écart. Cela faisait partie intégrante de leur mission
de « judaïsation ».
À ce jour, des centaines de communautés collectives juives empêchent les citoyens palestiniens de venir y vivre, soutenant
que ces derniers sont « socialement inadaptés ». Ces communautés
avancent comme logique fragile la nécessité de préserver leur caractère
juif et sioniste.
Utiliser de telles ruses juridiques pour
exclure les citoyens palestiniens des villes et des cités s’est
toutefois avéré plus délicat.
La grande majorité des juifs israéliens
sont éduqués de manière à devenir de fervents sionistes et considèrent
la « judaïsation » – rendre le territoire juif – comme une valeur
suprême
Quelques villes d’Israël où un petit
nombre de familles palestiniennes ont survécu au nettoyage ethnique de
1948 sont qualifiées à tort de « mixtes ». Ces familles vivent
habituellement dans des quartiers séparés, à l’écart du cœur juif de la
ville. La ségrégation a seulement pris une forme différente.
Mais dans ces villes et dans d’autres,
Israël n’a pas pu facilement faire valoir qu’il avait besoin de comités
d’admission pour mettre fin à l’intégration des Palestiniens et protéger
le caractère spécifiquement juif de la vie de la ville. Cela risquait
de ressembler un peu trop à l’apartheid sud-africain.
source :http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/si-cela-arrivait-chez-nous-cela-ferait-scandale-en-isra-l-c-est-la-norme-1787089562