À l’instar de très nombreuses espèces animales, il existe chez le
renard des possibilités « d’autorégulation » des populations.
« L’autorégulation » s’inscrit le plus souvent dans une combinaison de
facteurs environnementaux (par exemple disponibilités en ressources
alimentaires et en sites de reproduction) et de facteurs comportementaux
propres à l’espèce.
Différentes études ont montré que la taille des portées peut dépendre de la disponibilité en ressources alimentaires (par exemple Englund, 1980 ; Gortázar et al., 2001),
mais il semblerait que cette modulation de la taille des portées se
produise dans des environnements pauvres en proies (nord de la Suède,
milieux semi-arides en Espagne), ce qui est rarement le cas dans le
nord-est.
En revanche, différentes études ont montré que dans une population de
renards, toutes les femelles n’ont pas accès à la reproduction,
autrement dit, toutes les femelles ne produisent pas de portées. Nous ne
rentrerons pas ici dans le détail des mécanismes comportementaux
impliqués (pour autant qu’ils soient bien connus !) chez cette espèce
dont beaucoup d’aspects de la socialité demeurent encore inconnus et
nous nous contenterons de donner quelques chiffres issus d’études
réalisées dans différents contextes environnementaux.
Dans une étude réalisée en milieu rural dans l’ouest de la France,
Ruette et Albaret (2011) observent 11,8 à 19% de femelles non
reproductrices dans des secteurs pourtant fortement régulés par la
chasse (de 1,3 à 2,5 renards tués/km2/an). En Bavière, Voce (1995)
observe 12 à 15% de femelles non gestantes tandis qu’en Angleterre et au
Pays de Galle, Lloyd (1968) mentionne une proportion variant de 8,6 à
25%. Un maximum atteignant 60% de femelles non reproductrices est
rapporté par Macdonald (1977) dans la région d’Oxford.
Il semble important de mentionner les travaux de Harris et Smith
(1987) qui réalisèrent une étude visant à comparer deux populations
urbaines de renards à Londres et Bristol. Malgré une régulation exercée
par l’homme, une population stable de renards s’est maintenue grâce à
une réduction de la proportion de femelles reproductrices.
Au-delà de la littérature scientifique, l’autorégulation de l’animal
peut se vérifier sur différents territoires où il n’est plus chassé. En
France, dans la ville de Strasbourg et dans les Réserves Naturelle
Rhénanes (plusieurs milliers d’hectares), le renard n’est plus chassé
depuis plus de 30 ans. Dans le canton de Genève en Suisse,
l’interdiction de la chasse a été voté il y a 40 ans. Les populations de
renards n’ont jamais explosé et Dandliker (2015) rapporte une densité
de lièvres importante de 15 individus au km2 sur ce territoire. On peut
facilement imaginer que si ces politiques de préservation de l’espèce
mise en place depuis plusieurs décennies avaient induit des problèmes
sanitaires ou environnementaux, elles n’auraient bien évidemment pas été
maintenues.
Plus récemment, c’est le Luxembourg qui a pris la décision de fermer
la chasse aux renards, et le premier retour d’expérience ne fait pas
mention d’augmentation de la population mais révèle par contre un sexe
ratio équilibré, des animaux en bonne santé, et un pourcentage de
charges parasitaires transmissibles à l’homme moins élevé que dans
certains départements de l’Est de la France (Gouvernement du Grand-Duché du Luxembourg, 2017).
Ces exemples tendent à démontrer s’il en est besoin, qu’il est
erroné de nier l’existence de processus biologiques et/ou
comportementaux permettant de moduler les populations.