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Commentaire de ticotico

sur Je me souviens du retour « No Filter » des Rolling Stones à Marseille


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ticotico ticotico 6 septembre 2018 18:35
Un jour, j’ai vu Jagger de très près... c’était dans un couloir d’aéroport, je me suis retrouvé face à lui tout seul... avec ses huit gardes du corps, il n’y avait personne d’autre, pas de public, pas de photographe...

eh bien, le Mick, quand il n’est pas en représentation, il sait très bien faire la gueule, il avait même l’air de quelqu’un qui a un gros problème existentiel...

Sinon, les Rolling Stones n’étaient pas sur ma liste de concerts à fréquenter au moins une fois dans sa vie, pas une allergie à leur musique, mais ça me paraissait trop gros, trop mégalo...
...jusqu’au jour où ils sont venus à Cuba...

La Havane était en pleine effervescence, Obama avait fait show quelques jours avant, arpentant le Malecon avec sa limousine blindée... même la télé d’état consacrait des émissions spéciales à la venue des cinq anglais dont la musique fût illégale dans ce pays...

Alors, difficile de ne pas faire les quelques kilomètres qui me séparaient du lieu de l’événement... 10 pesos plus loin, la vieille Chevrolet nous laisse au rond point tout proche, au milieu des premiers bataillons de spectateurs.

A l’entrée du terrain de sport quelques membres de la PNR (Police Nationale Révolutionnaire) contrôlent les sacs pour vérifier qu’il n’y a pas de produits interdits... mais ils ne donnent pas l’impression de faire du zèle, peu de flics, beaucoup de public... Nous passons sans problème, comme tout le monde, nous avons mis le rhum dans des bouteilles d’eau minérale.

Le contrôle des billets est simplifié... l’entrée étant gratuite !
C’est FBI qui paye. Un donateur basé à Curaçao, à travers FBI (Fundacion Buena Intencion) a allongé les 7 millions de dollars couvrant les frais techniques, les rumeurs parlent d’un financement effectué par les Stones eux-mêmes en vidant un de leurs comptes off shore, mais rien n’est sûr.

Ce qui est certain, c’est qu’ils sont venus, ils sont tous là, les roqueros de toutes les chapelles, les metalleros tout en noir, les rastas, les punks... 7 heures de plus à attendre sous le soleil un concert qu’ils avaient attendu toute leur vie.

7 heures à boire du rhum, interdit, mais présent partout, à se prendre en photo devant cette immense langue rouge, à chanter « I love rock’n roll » en même temps que la sono, à secouer la tête sur des vieux Deep Purple, reboire des coups, se reprendre en photo... se repasser le film de leur vie, ces cassettes écoutées au volume minimum, de peur qu’un voisin dénonce des tendances antisociales... une convention de fans d’ovnis réunis pour voir enfin se poser le premier vaisseau venu d’une lointaine galaxie...

Mais aussi des élégantes au rouge à lèvres assorti au logo sur leur T shirt, des familles, des bandes de fans, drapeau en tête, venues tout droit de Tokyo, Buenos Aires, México, Montréal, Caracas, Quito... convergeant vers ce centre du monde, ce lieu périphérique devenu capitale planétaire le temps d’une soirée.

L’immense terrain de la Ciudad Deportiva se remplit, puis quand on peut pas se serrer davantage, l’avenue derrière accueille les derniers arrivés, 1,200,000 d’après le compte twitter des Stones... Je n’ai pas compté, mais au moins la moitié de la population de la Havane était là.

Le dernier coucher de soleil sur le Cuba d’avant le rock’n roll embrase le ciel, une brise tiède rend la fin de l’attente plus supportable, sur les écrans géants, les vidéos des Stones ont laissé la place à des logos animés... Les projecteurs s’allument sur la foule, la musique s’est arrêtée, les dernières minutes n’arrêtent pas les questions... combien de temps vont ils jouer, quels musiciens cubains seront invités... à quelle heure ça commence ? ...

Des images spécial Cuba sur les écrans géants font monter la température... vers 20 h 35, un riff déchire la nuit... puissant et sauvage, façon moteur de Harley, Keith lance la soirée... Jumping Jack Flash... Dès le premier refrain « It’s allright now » le public est là, il répond aux images géantes des dernières légendes du rock... Mick saute et court comme un Jagger... Charlie tape sur ses tambours sans jamais quitter son air so british, il doit avoir la même tête quand il joue au golf ou qu’il enquille les gin tonic, un petit sourire de temps en temps, preuve qu’il est content d’être là... Avec Ron Wood, on tient un autre bad boy, coiffure vintage 1972, hérisson noir (postiche ?) impeccable... Et bien sûr, Keith, « The main offender » Richards, le vrai moteur du groupe, Mick étant plutôt la carrosserie.

Mais la vraie révélation de cette soirée, c’est le son... une qualité dingue, puissant mais pas écrasant, et surtout une clarté, une sensation de proximité, comme si on était dans le salon de Keith, à quelques mètres de sa Telecaster branchée dans un ampli Fender à lampes...

Bien sûr, ils ont joué Satisfaction, Brown Sugar, Sympathy for the devil... et terminé par You can’t always get what you want, accompagné par un choeur de cubaines provenant d’une école de mannequins... Bien sûr, Mick Jagger a parlé dans son espagnol approximatif, le public s’est lâché, si un cubain ne bouge pas lors d’un concert, c’est qu’il est mort.

Mais ce soir là, pas de mort, pas d’incident le flot humain qui quitte le terrain emplit les avenues en une immense procession (ici, pas de transport pour une telle foule) Tous ont encore en tête, et pour longtemps les sauts de Mick, les riffs de Keith, la promesse d’un pays différent...

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