Ce qui est certain, c’est qu’ils
sont venus, ils sont tous là, les roqueros de toutes les chapelles, les
metalleros tout en noir, les rastas, les punks... 7 heures de plus à
attendre sous le soleil un concert qu’ils avaient attendu toute leur
vie.
7 heures à boire du rhum, interdit, mais
présent partout, à se prendre en photo devant cette immense langue
rouge, à chanter « I love rock’n roll » en même temps que la sono, à
secouer la tête sur des vieux Deep Purple, reboire des coups, se
reprendre en photo... se repasser le film de leur vie, ces cassettes
écoutées au volume minimum, de peur qu’un voisin dénonce des tendances
antisociales... une convention de fans d’ovnis réunis pour voir enfin se
poser le premier vaisseau venu d’une lointaine galaxie...
Mais
aussi des élégantes au rouge à lèvres assorti au logo sur leur T shirt,
des familles, des bandes de fans, drapeau en tête, venues tout droit de Tokyo, Buenos
Aires, México, Montréal, Caracas, Quito... convergeant vers ce centre
du monde, ce lieu périphérique devenu capitale planétaire le temps d’une
soirée.
L’immense terrain de la Ciudad
Deportiva se remplit, puis quand on peut pas se serrer davantage,
l’avenue derrière accueille les derniers arrivés, 1,200,000 d’après le compte twitter des Stones... Je n’ai pas compté, mais au moins la moitié de la population de la Havane était là.
Le
dernier coucher de soleil sur le Cuba d’avant le rock’n roll embrase le
ciel, une brise tiède rend la fin de l’attente plus supportable,
sur les écrans géants, les vidéos des Stones ont laissé la place à des
logos animés... Les projecteurs s’allument sur la foule, la musique
s’est arrêtée, les dernières minutes n’arrêtent pas les questions...
combien de temps vont ils jouer, quels musiciens cubains seront
invités... à quelle heure ça commence ? ...
Des images spécial Cuba sur les écrans géants font monter la température... vers 20 h
35, un riff déchire la nuit... puissant et sauvage, façon moteur de
Harley, Keith lance la soirée... Jumping Jack Flash... Dès le premier
refrain « It’s allright now » le public est là, il répond aux images
géantes des dernières légendes du rock... Mick saute et court comme un
Jagger... Charlie tape sur ses tambours sans jamais quitter son air so
british, il doit avoir la même tête quand il joue au golf ou qu’il
enquille les gin tonic, un petit sourire de temps en temps, preuve qu’il
est content d’être là... Avec Ron Wood, on tient un autre bad
boy, coiffure vintage 1972, hérisson noir (postiche ?) impeccable... Et bien sûr, Keith, « The main offender » Richards, le vrai moteur du groupe, Mick étant plutôt la carrosserie.
Mais la vraie révélation de cette soirée, c’est le son... une qualité dingue, puissant mais pas écrasant, et surtout une clarté, une sensation de proximité, comme si on était dans le salon de Keith, à quelques mètres de sa Telecaster branchée dans un ampli Fender à lampes...
Bien sûr, ils ont joué Satisfaction, Brown Sugar, Sympathy for the devil... et terminé par You can’t always get what you want, accompagné par un choeur de cubaines provenant d’une école de mannequins... Bien sûr, Mick Jagger a parlé dans son espagnol approximatif, le public s’est lâché, si un cubain ne bouge pas lors d’un concert, c’est qu’il est mort.
Mais ce soir là, pas de mort, pas d’incident le flot humain qui quitte le terrain emplit les avenues en une immense procession (ici, pas de transport pour une telle foule) Tous ont encore en tête, et pour longtemps
les sauts de Mick, les riffs de Keith, la promesse d’un pays différent...