Charline Avenel est une camarade de
promotion de Macron à l’ENA.
Macron change les règles de nomination
des recteurs pour placer une camarade de l’ENA.
Le Conseil des ministres a adopté un
texte permettant de bombarder une camarade de promotion de Macron à
l’ENA à la tête de l’académie de Versailles.
Publiée dans le communiqué du
Conseil des ministres du mercredi matin 3 octobre, l’information
est passée plutôt inaperçue. Sauf chez les universitaires.
Les ministres de l’Education et de
l’Enseignement supérieur ont, en effet, présenté un décret
"portant modification des modalités de nomination des
recteurs« . Le but annoncé : »diversifier le
recrutement des recteurs". Comment ? En permettant à
davantage de non titulaires de doctorat (plus précisément à des
« non titulaires d’habilitation à diriger des recherches »)
d’occuper cet emploi prestigieux. Jusqu’à présent, seuls 6
recteurs sur 30 pouvaient être non universitaires, le décret
double ce chiffre à 12.
L’intention serait sans doute
louable s’il ne s’agissait à l’évidence d’un texte de
circonstance. D’une manœuvre qui ressemble fort à celle qui a
permis de nommer l’écrivain Philippe Besson, un non diplomate,
consul à Los Angeles (nomination qui fait aujourd’hui l’objet
d’un recours).
Une source très bien informée
décrypte ainsi le décret de ce mercredi :
"En fait, il s’agit d’ouvrir
ces postes de recteurs à plus d’énarques et plus précisément à
une camarade d’Emmanuel Macron à l’ENA".
Qui ? L’actuelle secrétaire
générale de Sciences Po, Charline Avenel.
L’Elysée et Matignon veulent
bombarder cette énarque de la célèbre promotion Senghor à la
tête de l’académie de Versailles, la plus grosse de France avec
plus d’un million d’élèves. Or, cette haut fonctionnaire n’est
pas titulaire de cette habilitation et le quota de six recteurs dans
ce cas est déjà rempli. Il fallait donc l’élargir...
Ce tour de passe passe opéré, plus
rien ne s’oppose à cette nomination, à part l’avis d’une une
commission ad hoc, dirigée par un membre du Conseil d’Etat, le
corps auquel appartient le Premier ministre et le directeur de
Sciences Po. Elle ne devrait donc pas rechigner outre
mesure. L’heureuse élue a d’ailleurs a prévenu ses proches
collaborateurs rue Saint Guillaume de son départ imminent à
Versailles, où elle fait déjà des allers et retours.
Certes, cette énarque de 42 ans
connaît le monde universitaire, puisqu’elle a été directrice
adjointe du cabinet d’une ministre de l’Enseignement supérieur,
Valérie Pécresse. Et, à Sciences Po, elle a, depuis 2013, mené à
bien le rachat de « L’artillerie », le bâtiment de
l’Armée situé au cœur du Quartier Latin, où l’école devrait
installer son nouveau campus dans quelques années.
Mais des universitaires reprochent à
cette fonctionnaire de Bercy, qui n’a pas souhaité répondre à nos
questions, de n’avoir jamais dirigé d’académie, pas même une
petite. Ce qui, selon eux, la disqualifierait pour prendre en main
la très grande académie de Versailles, réservée jusqu’à
présent à des recteurs d’expérience. Mais on n’est pas forcé
de partager leur point de vue chagrin.