@Pierre Sanders
Oh la la. On voit que vous ne me connaissez pas, pas
du tout. Je ne parle jamais aux flics. Oui, non, nom, prénom, qualités.
Après, c’est du cas par cas.
Je vais vous refiler un truc, dont tout le monde ici,
pourrait faire son profit une fois ou l’autre.
Une plainte avait été déposée contre moi, pour une babiole
insignifiante mais pénale quand même. Il n’y avait ni témoins ni indices.
Deux policiers viennent me quérir.
- Veuillez nous suivre au commissariat.
J’enfile une veste, je prends mon trousseau de clés.
- Je vous suis.
C’est déjà pas ce qui était prévu.
Moi, je dois dire : - Pourrais-je au moins connaître…
Eux, leur réplique, c’est : - Ici, c’est nous qu’on
pose les questions
C’est mal parti. Pour eux.
Je monte dans leur fourgon, toujours muet comme une
carpe, je les suis jusqu’à la salle d’interrogatoire.
J’ouvre une parenthèse. Si dans le fourgon, il y a une
vitre qui donne sur la rue, et qu’un flic est resté à côté de vous, à la première
gonzesse qui passe, vous émettez un sifflement admiratif, même si c’est un
thon, même si elle tarte comme une maigrichonne de 65 ans retraitée de l’Education
nationale.
Ne jamais
regarder si le flic réagit et comment !
A ce moment-là, les bourres, ils pensent soit qu’ils ont
affaire à un dur de dur, qui survivra à une avalanche d’annuaires téléphoniques
sans rien lâcher, soit qu’il s’agit d’un doux dingue vivant hors de l’espace et
hors du temps.
A aucun moment, pendant leur éducation de flics, personne
ne leur a parlé de types qui pourraient les balader. C’est inconcevable. Eux si
tellement intelligents et les citoyens, si tellement cons.
Retour à la salle d’interrogatoire.
Je réponds poliment à toutes les questions, de
préférence par monosyllabes. Vient le moment où on entre dans le dur. Je
hasarde une question :
- Vous dites que c’était quand ?
- Le 30 février dernier. Il y a pile trois mois,
répond l’un d’eux, presque mielleux. Ainsi, c’est lui qui fait « bon flic »
quand les choses se passent « normalement ».
- Moi, interloqué : - Comment voulez-vous que je
me souvienne d’une soirée précise coincée entre les dix précédentes, toutes
identiques, et les dix suivantes toutes semblables ? Si j’avais fait
quelque de spécial ce soir-là (j’avais fait quelque chose de spécial), je m’en
souviendrais obligatoirement, mais alors là…
Je me tiens le front, fais semblant de réfléchir
intensément. En vain, il n’y a rien qui me revient.
Ne jamais
inventer des détails pour faire vrai, jamais, un mot de trop peut-être fatal.
Il y a des vrais affranchis qui ont fini sur la
bascule, à cause d’un mot malheureux qui, par recoupements, ont orienté la
volaille dans une autre direction.
J’attends, nonchalant, de lire et de signer le
procès-verbal. Je lis et juste avant que je signe, un des deux flics, le faux « bon »
me demande :
- Vous avez quelque chose à ajouter ?
Et moi, jubilant de l’intérieur à en exploser :-
Ben c’est-à-dire que…, si une affaire comme cela se reproduisait, je préférerais
ne pas devoir aller au commissariat entre deux policiers. Les voisins ne
peuvent déjà pas me saquer. Je suis distant, paraît-il…
Cela dit, ma gracieuse consultation, c’est pour des
bricoles, des petites bricoles.
Si vous avez laissé du matériel génétique à l’intérieur
de la morte, si elle a des bouts, même microscopiques, de votre cuir chevelu sous
les ongles et 750 mm2 (50 x 15 mm) de votre marcel entre les dents, je
déconseille fortement. Déjà que les jurés ne vous auront pas à la bonne à cause
du motif décoratif que vous avez réalisé, de son vivant, avec une cigarette sur
le ventre de la victime, mieux vaut ne pas les agacer davantage. La Veuve n’existe
plus, mais personne n’a intérêt à figurer au Guiness, avec un record d’incompressibilité.