@velosolex
Bonsoir.
Je souscris parfaitement à votre analyse :
"Si la délinquance de petites frappes est certaine, celle des cols blancs
l’est tout autant, voir bien pire, par son rôle de modèle. On apprend
qu’une magouille a permis aux banques d’escroquer 150 milliards à
quelques pays européens dont la France et l’Allemagne. On en apprend
donc autant en lisant Piketty, sur l’augmentation vertigineuse de
inégalités qu’en lisant le bouquin de Salviano, dont la tête est mise à
prix par la mafia. Celle ci n’étant plus maintenant qu’une hyperbole du
libéralisme décomplexé. Ces deux violences marchent de concert, et nous
renvoient à quelque chose de très inquiétant, qui s’est déjà passé
plusieurs fois dans le passé, quand le sens de l’histoire se perdait et
qu’il n’y avait plus d’autre projection politique autre que celle ne
travaillant plus que pour une ploutocratie. Les marges traduisent à leur
façon. S’attaquer au symptômes sans gérer la cause ne sert à rien"
Effectivement. Fraude à tous les étages, avec des moyens différents. Les faits que vous évoquez et qui procèdent d’un montage de professionnels tant politiques que financiers ont finalement été découverts.
L’énorme fraude fiscale baptisée « cum ex », révélée en
Allemagne, a coûté 55 milliards d’euros à une dizaine de pays européens,
soit bien plus que les évaluations initiales, affirment 19 médias, dont
Le Monde, jeudi dans une enquête conjointe.
L’arnaque consistait à acheter et revendre des actions
autour du jour de versement du dividende, si vite que l’administration
fiscale n’identifie plus le véritable propriétaire. « Le Monde » et 18
autres médias européens ont démonté le mécanisme de cette fraude
inventée par des financiers qui ont opéré en bande organisée dans 11
Etats européens qu’ils ont volés en toute impunité depuis quinze ans.
Jusqu’à
présent, circulaient uniquement les estimations des sommes extorquées au
fisc allemand, allant d’environ 5,3 milliards selon le ministère
allemand des Finances à 30 milliards d’euros selon la presse.
| Lire : « CumEx Files » : l’histoire secrète du casse du siècle (in Le Monde)
Mais les investigations de 19 médias européens, dont Le Monde,
concluent que le « cum ex » a coûté la somme pharamineuse de 55,2
milliards d’euros à 11 États (l’Allemagne, la France, l’Espagne,
l’Italie, les Pays-Nas, le Danemark, la Belgique, l’Autriche, la
Finlande, la Norvège et la Suisse).
L’invention de ce montage litigieux est attribuée à un avocat allemand de renom, Hanno Berger.
Un avocat de renom qui mise sur les lacunes des lois fiscales
Dans son édition du 16 mars 2016, déjà, le quotidien allemand Handelsblatt, faisait le portrait de l’avocat, sous le titre « L’initiateur » brossant d’un trait le parcours trouble du personnage :
"Hanno
Berger a commencé sa carrière au service des impôts de la Hesse. Il
s’est ensuite rendu compte que les lacunes des lois fiscales
rapportaient plus que la défense [la plaidoirie]. Aujourd’hui, il se
sent persécuté par l’État."
La manipulation qu’il a
élaborée consiste à acheter et revendre des actions autour du jour de
versement du dividende, si vite que l’administration fiscale n’identifie
plus le véritable propriétaire. La manipulation, qui nécessite
l’entente de plusieurs investisseurs, permet de revendiquer plusieurs
fois le remboursement du même impôt sur le dividende, lésant ainsi le
fisc. (Voir l’infographie du Monde qui explique comment des investisseurs réussissent à ne pas payer d’impôts sur les dividendes.)
Une affaire d’évasion fiscale massive qui a éclaté en 2012
L’affaire
a éclaté en 2012 en Allemagne, entraînant l’ouverture de six enquêtes
pénales et la tenue prochaine d’un premier procès à Wiesbaden, dans
l’ouest, visant Hanno Berger et plusieurs négociants en Bourse,
notamment, expliquait Reuters en septembre dernier, cinq anciens traders
de la HypoVereinsbank (HVB) accusés de fraude fiscale grave.
Des
banques françaises seraient impliquées, notamment BNP Paribas et
Société Générale, qui avaient fait l’objet de perquisitions de la
justice allemande en 2014, selon Le Monde.
Les
experts en fiscalité dénoncent depuis longtemps ces transactions
« cum-ex » sur les dividendes comme une faille du système fiscal, mais les
enquêteurs comme les procureurs (dont celui de Francfort), eux, se sont
quasi tous accordés pour qualifier cette affaire comme étant de
l’évasion fiscale massive.
Sur la foi « d’informations des autorités fiscales et d’analyses des données de marchés », l’enquête conjointe des 19 médias détaille désormais le préjudice supposé par pays.
17 milliards d’euros volés à la France
Pour
l’Allemagne, l’enquête reprend la fourchette haute des estimations,
soit 31,8 milliards d’euros extorqués au fil du temps, d’après les
calculs déjà connus de Christoph Spengel, spécialiste de fiscalité à
l’Université de Mannheim (jusqu’alors, le ministère des Finances
allemand tablait sur un vol de 5,3 milliards d’euros).
L’escroquerie aurait aussi coûté « au moins :
- - 17 milliards d’euros » à la France,
- - 4,5 milliards à l’Italie,
- - 1,7 milliard au Danemark et
- - 201 millions d’euros à la Belgique.
De
l’argent que ces États, en période de budget en berne, n’auraient pas
dédaigné avoir à disposition, n’eût été les failles de leurs systèmes
fiscaux.
https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/le-casse-du-siecle-l-enorme-fraude-fiscale-a-55-milliards-d-euros-des-cumex-devoilee-par-le-monde-794456.html