Sur internet, au grand jour :
Tsahal sous l’influence d’extrémistes
religieux
Article de Serge DUMONT paru au journal Suisse LE TEMPS le jeudi
12 novembre 2009
Une « Torah des rois » rédigée par un rabbin explique
qu’il est permis de tuer des non-juifs. Le livre a été distribué aux soldats
participant à l’opération « Plomb durci » à Gaza.
La Torah des rois. A priori, ce livre de préceptes
religieux rédigé par le rabbin Itzhak Shapira n’aurait pas dû intéresser grand
monde en Israël. Pourtant, cet ouvrage relié cuir déchaîne la polémique. Et
affole le Département « extrémistes juifs » du Shabak (la Sûreté générale de
l’Etat hébreu). Car La Torah des rois s’adresse aux centaines d’élèves des
« yeshivot » (écoles de talmudiques) de Cisjordanie auxquels elle explique qu’il
est permis de tuer les « goyim » (non-juifs) sans remords. Et sans se poser de
question. Cette autorisation s’étend aux bébés, aux innocents et même aux amis
d’Israël.
Vendu 30 shekels (7 francs suisses), ce livre
n’est pas un obscur opuscule diffusé sous le manteau. Il est, au contraire,
recommandé comme ouvrage théologique par une série de rabbins des colonies de
Cisjordanie qui l’ont inscrit au programme des « yeshivot ».
A Ytzhar, l’implantation dont Itzhak Shapira est le
ministre officiant, personne ne semble comprendre pourquoi La Torah des rois
soulève la polémique en Israël et pourquoi le quotidien Maariv en a fait sa
manchette en dénonçant le « droit divin de tuer » que s’arrogent les colons.
Un « ADN juif »
« Le « rav » [rabbin] se contente de résumer ce qui se
trouve déjà dans la Bible, estime Daniel W., un étudiant de la « yeshiva ». Ce
livre confirme notre droit divin à éliminer nos ennemis [ndlr : les
Palestiniens]. Il explique que nous pouvons agir seuls sans demander la
permission de qui que ce soit. »
Les publications appelant à la violence au nom d’une
prétendue « justice divine » se multiplient depuis le démantèlement des
implantations de la bande de Gaza (août 2005). Elles confirment le
développement d’un fondamentalisme juif dont l’épicentre se situe dans les
colonies extrémistes de Cisjordanie. Un courant emmené par une soixantaine de
rabbins parmi lesquels Dov Volpe (le ministre officiant de la colonie de Kyriat
Arba) et Itzhak Ginsburg, un rabbin persuadé qu’il existerait un « ADN juif »
supérieur à celui des « goyim ».
Parmi les auteurs les plus prolixes du fondamentalisme
juif figure le rabbin Shlomo Aviner dont les préceptes interdisant « de céder le
moindre millimètre de notre terre aux non-juifs » ont été distribués aux soldats
participant à l’opération « Plomb durci » (l’invasion de la bande de Gaza en
janvier 2009). Cette brochure appelait ses lecteurs « à ne montrer aucune pitié »
face à l’« ennemi cruel » palestinien et à provoquer le plus de destructions
possible.
Certes, l’officier responsable de la distribution du
pamphlet a été sanctionné, mais, durant l’été dernier, un nouvel ouvrage a fait
son apparition dans les chambrées. Intitulé Des deux côtés de la frontière, ce
livre rédigé par un rabbin de Safed avec l’aide d’une organisation
ultraorthodoxe américaine prétend en substance que le Vatican financerait le
Hezbollah afin de perpétrer un nouvel Holocauste.
A travers leurs « yeshivot », les rabbins
fondamentalistes de Cisjordanie forment annuellement des centaines de candidats
aux unités d’élite de Tsahal (l’armée) ainsi qu’aux carrières de sous-officiers
et d’officiers. Selon les statistiques de l’armée, ils représenteraient 40 à
50% des candidats aux fonctions d’officiers et de sous-officiers alors que les
colons constituent moins de 5% de la population israélienne.
« Cours de démocratie »
Le 23 octobre, profitant d’une cérémonie de
prestation de serment devant le mur des Lamentations, des anciens de « yeshivot »
affectés à l’unité spéciale « Shimshon » (des commandos antiterroristes opérant
en Cisjordanie) ont manifesté publiquement leur désapprobation à propos de
l’évacuation d’une colonie de Cisjordanie. Une première dans l’histoire de
l’Etat hébreu. Certes la hiérarchie a sanctionné les quelques soldats qui
avaient brandi le slogan « Homesh ne sera pas évacuée », mais le rabbin Dov Volpe
et ses semblables leur ont accordé un prix « pour avoir donné un cours magistral
de démocratie et de civisme ».