@microf
Suite 2
Comment l’Occident dévore ses
enfants
par
Thierry Meyssan
L’application du modèle économique aux relations internationales
Un mois après les attentats du 11 septembre 2001, le secrétaire US à
la Défense, Donald Rumsfeld, désigna son ami l’amiral Arthur Cebrowski
comme directeur du nouveau Bureau de transformation de la Force (Office
of Force Transformation). Il devait changer la culture de la totalité
des militaires états-uniens afin de leur permettre de répondre à un
changement complet de leur mission.
Il n’était plus question d’utiliser les armées US pour défendre des
principes ou des intérêts, mais de les instrumenter pour réorganiser le
monde en le divisant en deux : d’un côté les États intégrés dans
l’économie globalisée, de l’autre les autres [5].
Le Pentagone n’allait plus livrer des guerres pour s’emparer de
ressources naturelles, mais pour contrôler l’accès des régions
globalisées à ces ressources. Une division directement inspirée du
processus de globalisation financière qui avait déjà jeté à la marge la
moitié de la population occidentale. Cette fois, c’est la moitié de la
population mondiale qui allait être exclue [6].
La réorganisation du monde a débuté dans la zone politique définie
comme le « Moyen-Orient élargi », c’est-à-dire allant de l’Afghanistan
au Maroc à l’exception d’Israël, du Liban et de la Jordanie. Ce fut la
prétendue épidémie de guerres civiles en Afghanistan, en Iraq, au
Soudan, en Libye, en Syrie et au Yémen qui a déjà fait plusieurs
millions de morts [7].
Comme un monstre dévorant ses enfants, le système financier global
basé aux États-Unis a connu sa première crise en 2008, lors de
l’éclatement de la bulle des subprimes. Contrairement à une idée
répandue, il ne s’agissait absolument pas d’une crise globale, mais
exclusivement occidentale. Pour la première fois, les États de l’Otan
subissaient les premières conséquences de la politique qu’ils
soutenaient. Pourtant les classes supérieures occidentales ne changèrent
rien de leur comportement, assistant avec compassion au naufrage des
classes moyennes. La seule modification notable fut l’adoption de la
« règle Volcker » [8]
interdisant aux banques de profiter des informations obtenues de leurs
clients pour spéculer contre leurs intérêts. Or, si les conflits
d’intérêts ont permis à des voyous de s’enrichir rapidement, ils ne sont
pas le fond du problème qui est beaucoup plus vaste."