@Legestr glaz
De mon point de vue, et surtout de celui de beaucoup d’autres qui ont produit des études portant sur le phénomène, pour une raison en réalité toute simple.
Les individus agissent pour une large part à partir de stimuli qui sont provoqués par des gens qui y ont intérêt. Les camelots des foires ont appris les techniques de vente, inspirées du coaching. Et ça marche : on trouve chez chaque famille plusieurs jeux de râpes à légumes qui sont achetées à chaque foire commerciale. Et qui sont remisées quand on se rend compte, loin du camelot et de son discours, que la râpe nouvelle n’est pas plus utile que la précédente. On aussi sait qu’avec l’informatique, des entreprises exploitent des fichiers et moulinent des informations pour cibler une clientèle et convaincre d’acheter leurs produits, etc…
En matière politique, on a du mal à prendre une conscience suffisante (peut être parce que les uns n’y ont pas intérêt et que les autres n’en ont pas l’envie) de ce que des individus ou des groupes de pression procèdent de la même manière pour vendre leur candidature ou faire adopter une candidature.
Il a fallu attendre 2017 pour que certains s’intéressent d’un peu plus près que pour les autres, tellement c’était visible il est vrai, au processus de fabrication du candidat Macron ; avec l’identité des mentors et les techniques de soutien mises en œuvre notamment par une grande partie des propriétaires – dont les noms ont même été dévoilés- des médias. Les mêmes observateurs remarqué aussi que les médias en question ont, dans le cadre de la même stratégie, permis à Mme Le Pen de faire sa promotion pour qu’elle soit présente au deuxième tour ; puis, qu’entre les deux tours, les médias ont multiplié la projection de vieux films ou de reportages sur la shoah ainsi que les « débats » et commentaires sur atrocités commises par l’extrême droite criminelle et raciste. Le message subliminal a porté ses fruits ainsi que les résultats du second tour l’ont montré.
Pour l’Europe façon Maastricht, certains hommes d’Etat (comme Philippe Séguin), ont fait une analyse technique des dispositions du traité dont s’agit. Et ont montré que les dispositions de ce texte constituaient un piège d’autant plus mortel, qu’elles rendaient difficile la possibilité d’en sortir. Ce qui a été confirmé, plus tard et après que les électeurs se sont prononcés, par Jacques Attali qui a rappelé qu’il avait prêté la main à la rédaction du texte, et que lui et les autres rédacteurs avaient délibérément omis de préciser comment on pouvait sortir de la mécanique Jacques Attali : Notre Europe est antidémocratique - YouTube
https://www.youtube.com/watch?v=ZWBreXNezgk)
S’agissant de faire « avaler » aux citoyens le fait que les règles inscrites dans les traités ( Maastricht et autres depuis ) arrêtaient définitivement la politique financière, économique, et sociale et reposaient sur une idéologie humaine et sociétale bien particulière, on leur a dit et répété que le traité … c’était la paix (comment ne pas être pour la paix ?) assurée .
(Même argument d’ailleurs que celui déjà utilisé lors de la constitution du cartel des industries de l’acier et du charbon sous l’appellation plus sympathique de « CECA »).
Aujourd’hui, « on » répète sous de multiples formes et avec diverses formules qu’il n’est pas possible de sortir du système, à moins de régresser et de s’aventurer dans les ténèbres.
Application concrète : la sortie de l’Angleterre est présentée sous des aspects ridicules (les déboires de Thérésa May) et des perspectives épouvantables (ces pauvres Anglais ne vont plus pouvoir acheter les médicaments qui sont fabriqués dans le reste de l’Europe. Etc… )
C’est que l’opinion des gens est fabriquée avec l’information qui leur est donnée (qui doit être parcellaire ou fausse pour être efficace) ou dont on les prive. Ainsi qu’avec les argumentaires, qui évidemment, sont calibrés pour toucher la corde sensible de chaque individu. (Il faut voir cet aspect de la question avec les psychologues et les sociologues).
V. les études dont les médias recommandent peu la lecture, comme celles de Noam Chomsky, notamment « la fabrique du consentement ; v. (sur youtube) le documentaire canadien de 1992 : « Chomsky, les médias et les illusions nécessaires ».
En relation avec ce qui vient d’être dit, les collègues qui écrivent des ouvrages de droit constitutionnel, osent assez peu présenter l’article XV de la constitution comme, par exemple, je le fais.
Le conformisme aux idées dominantes (et on ne parle pas des économistes qui ont troqué Keynes pour Milton Friedman) comme la frilosité intellectuelle de beaucoup d’universitaires, (il peut d’ailleurs y aller de leur carrière), est probablement – même si c’est paradoxal- un autre obstacle à la prise de conscience. Car les universitaires, sont des fabricants de manière de voir.
De mon point de vue, et pour revenir à votre préoccupation, les citoyens ne sont conduits à se « réveiller » (et à ouvrir les yeux) que lorsque, à l’occasion d’un fait quelconque, nait chez eux un sentiment d’angoisse. Et/ ou de refus de quelque chose qui, portant atteinte à ce qu’ils ne veulent pas abandonner, devient pour eux inadmissible (comme plusieurs fois jadis, le refus d’accepter de perdre la vie ou son intégrité physique, à l’occasion de la répression ordonnée par le pouvoir)
En 1968 (avant que le mouvement ne s’étende à d’autres catégories et à d’autres questions), les étudiants ont « bougé » - quand on étudie la chronologie, après que trois doyens (faculté des lettres de Nanterre, faculté des sciences Paris, faculté des lettres de Toulouse) leur ont annoncé (de haut qui plus est), qu’à quelques semaines de la rentrée universitaire, une partie d’entre eux resterait sur « le carreau ». Ce qui a provoqué l’angoisse qui a abouti à ce que l’on sait (*)
En 2018, la partie de population qui avait du mal à joindre les deux bouts a « ressenti » avec angoisse qu’avec l’augmentation de telle taxe, elle allait dans l’immédiat, et de manière imprévue, se trouver dans une situation insupportable.
Il faudra voir, si le fait que le gouvernement fait tirer sur les citoyens (manifestants et passants) avec une panoplie d’armes qui blessent ou qui mutilent, va ou non faire évoluer les comportements.
Dont il est difficile de prédire les suites, dès lors au moins que les politiciens aux affaires – quelle que soit leur appartenance- ne sont pas prêts à jouer les pédagogues en matière « européenne » , puisqu’ils ont choisi, comme il a été dit dans notre article, le statu quo.
(*) NB. S’agissant des universités, les gouvernants successifs, qui savent –contrairement à beaucoup y compris au sein des établissements- que l’enseignement est un service « marchand » dans l’idéologie « européenne » qui est la leur, ont été – et continuent à l’être- plus habiles. Puisqu’ils préparent la transformation de l’université publique, progressivement, avec un des argumentaires eux aussi choisis, pour ne pas susciter d’angoisse chez ceux qui … un jour, découvriraient brusquement que les études supérieures vont leur être interdites. Id pour beaucoup de multiples autres « réformes ».