@ddacoudre
La question « qui
paye quoi ? » en termes de revendications sociales permet
effectivement d’aller plus loin et de mieux comprendre l’impasse dans
laquelle s’est fourvoyé le mouvement GJ, et avant lui, le
« syndicalisme » traditionnel, y compris cégétiste.
En effet, le capital n’a
pas pour fonction de répondre à des besoins sociaux, mais
simplement de s’accumuler en se valorisant financièrement.
La production de biens et
de services n’est qu’un des moyens de valorisation, pour le capital, mais
pas le seul, depuis la financiarisation de l’économie, spectaculaire
depuis ces dernières années, mais dont les racines remontent à la
constitution des monopoles au début du 20ème siècle, même s’ils
n’ont jamais été tout à fait absolus.
Autrement dit, les moyens
financiers de satisfaire les revendications sociales les plus
urgentes existent, même avec la « crise », et ils ont
toujours existé.
La crise n’est jamais que
celle de la valorisation, désormais fictive, du capital. Le capital
« fictif » se valorise financièrement davantage en
dehors du circuit productif qu’avec lui, même s’il en reste
dépendant, paradoxalement.
La valeur « fictive »
du capital permet néanmoins au capitaliste financier d’assurer son
train de vie en biens et services qui, eux, ont une valeur bien
réelle.
Il n’a nul besoin de
répondre concrètement aux besoins sociaux du plus grand nombre.
Dans la concurrence effrénée que les capitalistes se livrent entre
eux, répondre aux besoins sociaux du plus grand nombre est un frein
à la rentabilité des capitaux.
En dehors de l’économie
financière stricto sensu seuls les besoins solvables les plus
rentables les intéressent encore. Ils ne sont pas entre eux en lutte
pour un équilibre économique précaire qui répondrait aux besoins
de tous, mais simplement pour une rentabilité maximum du capital.
C’est pourquoi exprimer
les revendications sociales les plus urgentes, simplement mais
carrément et sans détour, cela aboutit à remettre en cause le
pouvoir du capital, et c’est pourquoi le mouvement GJ est dans
l’impasse et ne peut formuler une plate-forme revendicative répondant
réellement aux besoins du plus grand nombre : aucun de ses
leaders peu ou prou reconnus ne veut réellement remettre en cause le
capitalisme. Il en va de même du syndicalisme, y compris CGT, qui ne
veut négocier que dans des limites compatibles avec le pouvoir des
monopoles, en fait.
Pour comprendre cela, il
faut encore rappeler que leur financement dépend essentiellement des
subventions patronales et étatiques, ce qui revient au même, l’État
étant depuis très longtemps au service des monopoles.
En France il est évident
que la base économique et sociale est encore partagée avec une
masse importante de TPE-PME, mais qui dépendent, pour leur
financement, des monopoles, à travers les banques qui sont également
à leur service.
Il est tout aussi évident
que la pression sociale est au maximum sur cette masse de « petites
boites » qui représentent 70% du salariat en France, mais que
rien ne peut être fait pour les soulager, au delà du seuil de leur
survie, sans empiéter sur la rentabilité du grand capital, à
travers une nouvelle répartition des charges sociales, et c’est
aussi pourquoi ni le mouvement GJ, ni les syndicats ne vont dans ce
sens, qui les mettrait face au véritable ennemi de la société :
le capitalisme.
C’est aussi pourquoi, au
delà de la formulation claire et carrée des revendications sociales
les plus immédiates se pose essentiellement la question de la
finalité de la production de biens et de services, c’est à dire du
travail de tous :
__En fonction de la
rentabilité du capital ou en fonction de la réponse aux besoins
sociaux immédiats du plus grand nombre ?
C’est, en réalité à
travers la question du prix des carburants, la question qui s’est
ébauchée le 17 Novembre, et qui a été presque aussitôt mise de
côté par tous les intervenants, et dès le 24 Novembre au soir, au
« 20h » sur les Champs Elysées !
Luniterre