Beaucoup
de bon dans ces deux articles, qui constate simplement que les
syriens ont perdu la guerre en Syrie, et qui insiste sur la sympathie
profonde de Poutine envers Israël. Mais qui se trompe aussi
largement sur les orientations stratégiques de Poutine, qui a bel et
bien perdu lui aussi perdu la guerre de Syrie. Je me retrouve avec
Korybko sur le rejet de bon nombre d’explications à certains actes
de Poutine par un comportement de joueur d’échecs, mais ce n’est pas
parce qu’il serait lâche et cynique, mais vraiment parce qu’il s’est
révélé tant un très mauvais stratège que diplomate, et a été
incapable de prendre les décisions devant mener au succès de ses
orientations stratégiques.
Je
l’ai dit à plusieurs reprises, ici et ailleurs, Poutine compte
beaucoup sur la forte communauté russe en Israël, il pense qu’elle
peut lui permettre d’avoir un allié indéfectible au proche-Orient à
l’avenir. Oui, on peut le qualifier de sioniste, même si un sioniste
critique. Oui, c’est une des raisons qui l’ont amené à faire
preuve de ce qu’on peut appeler une indéniable complaisance envers
Israël. Cela alors que cette complaisance, contrairement à ce que
disent une certaine propagande occidentale et une autre qu’on
pourrait qualifier de « justificatrice », a indéniablement
mené à compliquer l’objectif de « lutte anti-terroriste »
qu’il a mené en Syrie, Israël travaillant clairement à entraver
cette bataille et à favoriser les terroristes. Il y a bien sûr
d’autres explications, une d’entre elles étant déjà qu’il ne
voulait pas se disperser sur trop de fronts et entrer dans une
confrontation directe avec l’État Sioniste – même si les
performances réalisées par les armes russes ont montré qu’elles
pourraient raser les bases israéliennes sans que ces derniers
puissent lever le petit doigt et les réduire durablement à
l’impuissance. Cette faiblesse a fini par avoir des conséquences au
sommet de l’État russe, en menaçant même sa position, comme on l’a
vu après la destruction de l’Il20 en septembre dernier, un
« accident » qui n’en était nullement un, n’en déplaise à
Korybko, mais le résultat d’une manipulation israélienne destinée
à rien d’autre qu’à provoquer cet abattage, et dont la
responsabilité repose uniquement sur Israël. Poutine a bel et bien
été contredit publiquement par son ministre de la Défense, et ce
après qu’il se soit exprimé, laissant donc le dernier mot à ce
dernier - ce qui est lourd d’enseignement sur la fragilisation de son
autorité face à des militaires excédés par ses compromissions,
confrontés au résultat auquel elles avaient mené. La punition
d’Israël qui s’en est ensuivie n’a eu qu’un temps, mais elle a
montré combien la sympathie poutinienne envers Israël a pu excéder
en Russie lorsqu’elle a mené à de graves conséquences pour les
russes.
Sa
complaisance envers la personne de Netanyahou est plus surprenante,
quand on sait combien ce dernier est méchant et de mauvaise foi, et
qu’il ne représente en aucun cas un interlocuteur digne de respect.
Mais elle s’explique sans doute par un facteur simple, outre le fait
que Poutine n’a aucune hésitation à se salir les mains lorsqu’il
s’agit de traiter avec un dirigeant étranger, même immoral et
retors, si c’est dans l’intérêt de la Russie. Si Poutine aime bien
Netanyahou, en dépit du caractère exécrable et ultra-menteur du
personnage, c’est entre autres pour les mêmes raisons qu’il aime
bien Orbán et Trump (quelles
que soient les divergences géopolitiques qui peuvent désormais se
présenter avec ce dernier, dues autant aux différences d’intérêt
entre leurs pays qu’aux pressions considérables qui se sont exercées
sur Trump pour le faire changer de position) : c’est un dirigeant
populiste, et encore plus illibéral ou anti-libéral. En dépit de
son racisme primaire et nettement plus fort que celui de ses
collègues « illibéraux », succeptible de révulser Poutine,
le succès de Netanyahou l’aide à faire un pied de nez aux
commentateurs bien-pensants occidentaux (les mêmes qui d’ailleurs ne
voient pas la dérive vers l’illibéralisme de leurs propres régimes,
ainsi le vote de la récente loi anti-manifestants par le parlement
français, censurée seulement partiellement par le Conseil
Constitutionnel). La même chose s’applique pour son attitude envers
Erdoğan, par exemple. Là,
pour une fois il est clair qu’il est obligé de jouer un jeu très
subtil, comme le clament nombre de ses supporters inconditionnels,
afin d’empêcher le mégalomane turc de retomber dans les bras des
USA, ce qui impose de ne pas s’opposer trop brutalement à lui pour
son occupation de la Syrie (le retors manipulateur en profitant
pleinement).