@Allan Thompson
Bonjour et merci pour votre commentaire.
Ce que vous décrivez, qui s’est produit voici 75 ans, continue aujourd’hui.
Un peuple avec des dirigeants qui ont une mentalité de transfuges politiques et de collabos dans l’âme.https://www.lejdd.fr/Politique/voici-la-tribune-des-72-maires-et-elus-locaux-de-droite-qui-annoncent-leur-soutien-a-emmanuel-macron-3903553
Rien n’a changé. La gamelle avant tout.Le monde entier peut crever pourvu que les petites combines puissent persévérer.
Voyez l’excellent film intitulé « Uranus », tiré du roman éponyme de Marcel Aymé (1948).
« L’histoire se déroule dans une petite ville française, bombardée,
précisément au moment où la guerre se termine.
La guerre, tout le monde l’a vécue mais pas de la même manière. Et les
règlements de compte sont toujours d’actualité même si les chasseurs
d’hier sont devenus des proies et réciproquement. C’est la valse des
contraires dans laquelle le Français moyen y perd son latin : collabos
ou résistants, communistes ou pétainistes, profiteurs ou exploités,
traîtres ou patriotes, honnêtes ou magouilleurs, marché noir d’avant ou
du moment… avec toutes les nuances imaginables… »
Marcel Aymé ne manque pas d’audace pour publier en 1948 Uranus.
Il éparpille, par petits bouts façon puzzle, le rassurant mythe
gaulliste de la France unifiée et combattante, libérée et réconciliée.
Souvenez vous de la voix emphatique du Général : « Il y a un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde » (Londres 1941), foutaise lâche Marcel le cynique.
Claude Berry adapte très fidèlement son roman en s’appuyant sur la
crème des acteurs. A moitié détruite par un tardif, et probablement
inutile, bombardement américain, la commune de Blémon s’est placée sous
la tutelle du maquis local. Les ex-maréchalistes se terrent et se
taisent, les profiteurs de guerre se rachètent une conduite, les
communistes sont tiraillés entre terreur révolutionnaire et préparation
des prochaines élections, les gendarmes ferment les yeux et tous, ou
presque, s’accordent pour immoler un écrivaillon collaborateur (Gérard
Desarthe). Hélas, le peu coopératif bouc émissaire s’échappe et trouve
refuge chez l’ingénieur Archambaud (Jean-Pierre Marielle), qui héberge
déjà la famille du communiste Gaigneux (Michel Blanc) et le doux
professeur Watrin (Philippe Noiret). Une cohabitation délicate !
Ancien hercule de foire reconverti dans la limonade et le petit
blanc, Léopold (Gérard Depardieu) écrase de toute sa puissance une
distribution pour autant excellente. Alors que Watrin assure son cours
de français dans son bistrot, Léopold pleure sur le funeste destin
d’Andromaque :
Où fuyez-vous, Madame ?
N’est-ce point à vos yeux un spectacle assez doux
Que la veuve d’Hector pleurante à vos genoux ?
Il n’aura fallu pas moins d’une guerre mondiale pour que le cafetier
illettré se découvre une âme de poète. Ne voilà-t-il pas qu’il compose :
« Passez-moi Astyanax, on va filer en douce
Attendons pas d’avoir les poulets à nos trousses. »
Le colosse a molesté Rochard (Daniel Prévost), le communiste qui
avait terrorisé la ville. Le chef de cellule Jourdan (Fabrice Lucchini)
hésite sur la conduire à suivre, peut on laisser brocarder un bon
militant ? La tragédie est en marche.
Les dialogues de Marcel Aymé sont admirablement ciselés Trop
peut-être, Uranus ne prétend pas au naturalisme, mais à la vérité
littéraire. La nuit du pilonnage, Watrin a perdu sa femme infidèle, mais
survécu miraculeusement au tapis de bombes. Depuis, il revit. Ecoutez
Noiret : « Malheureuse planète, astre sombre roulant aux marches de
l’Infini ! Je sens peser en moi la présence réelle d’Uranus ! L’astre
sombre et glacé pèse sur tous les points de mon être ! Cette masse
écrasante de noir, de négatif, de désespoir, de désolation, d’abandon,
comme un mauvais rêve ! Et pourtant quelle réalité ! Et combien fidèle
et ponctuelle, tous les soirs à onze heures et quart, le combat
recommence ! A travers mon sommeil, toute la nuit, jusqu’à mon réveil,
jusqu’à la délivrance du matin. Et quand je rouvre les yeux, je retrouve
enfin la Terre, je reviens dans la patrie des fleurs, des rivières et
des hommes. Qu’elle est belle la Terre ! (…) Rien n’est mauvais dans
l’homme. »
https://compagnieaffable.wordpress.com/2016/02/11/uranus-de-claude-berri-la-tirade-de-watrin-philippe-noiret/
Bien à vous,
Renaud Bouchard