La
Révolution Française c’est la Résurrection de la femme.
C’est,
de tout temps, l’esprit de la femme qui a guidé le monde. Quand la femme pense
et agit, le monde marche ; quand elle tombe dans l’apathie intellectuelle,
quand elle se laisse réduire en esclavage et abdique son pouvoir, le monde
tombe dans l’obscurité.
Tous
les grands mouvements de l’esprit sont dus à l’initiative féminine. La femme
donne l’impulsion, l’homme la suit.
Le
grand mouvement philosophique qui au XVIIIème siècle a remis tous les problèmes
de la Nature en discussion a été, tout entier, fait par des femmes ; cette
œuvre prit un élan extraordinaire et se manifesta dans tous les pays à la fois.
C’est
ce grand réveil de la pensée féminine, se dégageant subitement des entraves du
Christianisme, qui prépare la Révolution.
C’est
son esprit émancipé qui jeta dans le monde les grandes idées de Liberté et de
Justice. C’est elle qui fit un retour vers la Nature, inspira à l’homme l’idée
d’en étudier les lois et l’aida dans cette étude. C’est elle qui jeta la
première le cri de liberté, l’amour de la liberté étant le plus fort de tous
ses instincts : pour elle il renferme tout, il signifie : Bonheur, Justice,
Progrès, Lumière, Amour. Dès que les Femmes s’aperçurent qu’une issue était
possible pour sortir de leur servitude, elles travaillèrent avec ardeur à
conquérir ce bienfait immense.
C’est
dans les salons philosophiques que commença, le mouvement, qui ne fut, en
somme, que l’écho des idées émises par les Femmes. Les hommes répètent leurs
mots, leurs phrases, leurs formules, sans en comprendre le sens profond ; elles
réclament leurs droits, les hommes alors les réclament aussi, et, chose
étrange, dans cette société où l’homme est tout et la Femme rien, nous voyons
des révolutionnaires, appliquant à leur sexe les aspirations féminines,
demander « les Droits de l’homme », parce qu’ils ont entendu dans les salons
des dames demander les droits de la Femme !
Les
hommes demandent leurs droits alors qu’ils les ont tous, alors que, pendant
tout le Moyen Age et même la Renaissance, ils ont vécu en despotes, dépassant
de beaucoup leurs « droits ».
En
France, les Femmes initiatrices de l’idée furent : la princesse d’Hénin, la
maréchale de Luxembourg, Mme de Bouillon, Mme Geoffrin, Mme Helvetius, la
marquise de Condorcet, Mme Necker, Mme Roland, Mme Tallien, Mme Simon, Mme
Candeilh, Mme de Tencin, Mme d’Houdetot, Mme d’Épinay, Mme du Châtelet, Melle
de Lespinasse, Théroigne de Méricourt, et tant d’autres qui furent les amies
des philosophes, véritables hétaïres modernes, qui continuèrent l’œuvre des «
sorcières » et jetèrent dans le cerveau des hommes toutes les idées qui firent
éclore la Révolution.
Les
unes étaient érudites et lisaient le grec à livre ouvert, d’autres furent des
savantes qui élargissaient le champ des connaissances humaines, il y eut des
philosophes et des psychologues, des physiciennes et des naturalistes, toutes
étaient charmantes et, par le charme de leur conversation, stimulaient l’esprit
masculin.
Mais
cette première révolte de l’esprit de la femme en face des erreurs du vieux
monde ne fut pas bien comprise par l’homme, elle est défigurée, mal
interprétée, mal rendue, elle est traduite en idées masculines.
C’est
ainsi que la Révolution préparée par la femme pour être l’avènement de la
justice ne fut que l’avènement d’un système bâtard qui vint détruire l’ancien
régime, mais ne le remplaça pas par ce que la femme avait rêvé.
Ily eut des héroïnes et des martyrs.