Le problème avec Schumpeter, c’est qu’il a fait des petits
qui n’ont pas tout compris !
En 2014, en France, la gauche gouvernementale avait confié l’économie
du pays à un jeune premier intronisé par la banque Rotschild (ce qui équivaut pour
un produit médiatico-électoral à une garantie d’étanchéité anticorrosive pour
un produit manufacturé) qui s’est révélé n’être qu’une caricature de Schumpeter
en matière économique, ce qui ne l’a pas empêché de connaitre le parcours que l’on
sait. Caricature, car l’interprétation des préconisations du rival de Keynes est
plus que légère :
mis en place un jeune premier trouvé un jeune premier son
homme fort pour 2022, qu’on vous dit, m’sieur ! C’est une véritable révolution,
un homme si jeune, si distingué, si anticonformiste en politique, mais oui
madame ! La dernière cartouche du Parti socialiste, c’est sûr ! Redescendons
sur terre : Macron n’est ni poli, ni novateur, ni économiquement hétérodoxe.
Derrière le nouvel Adonis de la finance à la barbe mal taillée se dissimule
simplement une vilaine caricature du célèbre économiste Joseph Schumpeter.
Pour lui, la mondialisation est inéluctable, la misère
nécessaire, et les plans sociaux destructeurs d’emplois incontournables, dans
la logique de ce qu’il a compris être la théorie de la « destruction
créatrice » mise à toutes les sauces et qu’il interprète comme la
nécessité d’une destruction d’activités économiques jugés anciennes pour faire
place à de nouveaux secteurs. Du coup, il faut tout jeter : les services
publics, la protection sociale, les métiers réglementés par un code du travail jugé
périmé. Les fonctionnaires coûtent trop cher dans cette d’ »optimisation
économique ». Il faut leur retirer leurs privilèges, à ces faignants, il
faut niveler par le bas.
Les conceptions de Schumpeter se trouvent réduites à une
généralisation de l’überisation. La loi de la jungle devient la norme, et pas
question d’une fin inéluctable du capitalisme, et encore moins de la vision d’un
certain « socialisme », à la différence de Schumpeter qui écrivait :
« Le nouveau ne sort pas de l’ancien, mais apparaît à côté de l’ancien, lui
fait concurrence jusqu’à le ruiner », J. Schumpeter, Capitalisme, socialisme et
démocratie, 1942.
En voulant singer la théorie de Schumpeter qui parie sur la
volonté de puissance bienfaisante des entrepreneurs, nos dirigeants actuels croient
que la jeunesse du pays parviendra un jour à détrôner les monopoles mondiaux
installés, grâce à l’appât du gain. Mais à la différence de Schumpeter, tout ça
sans protectionnisme, sans aide face aux requins mondialisés et à la finance trans-frontalière
et en multipliant les « start-ups ».
L’envie de richesse des « premiers de cordée » profiterait
sur le long terme, à tous. Tous patrons de micro-entreprises, alors que
Schumpeter écrivait : « S’il n’y a que des petites entreprises, on restera
dans la zone des rendements constants. L’économie risquera de demeurer dans
l’état stationnaire […]. Au contraire, les grandes entreprises vont prendre
l’initiative du progrès en finançant des recherches », J. Schumpeter,
Capitalisme, socialisme et démocratie, 1942.
Si Schumpeter est souvent considéré comme un « économiste
hétérodoxe », ses émules avatars sont eux porteurs d’une orthodoxie
autiste.