Merci pour cette très belle iconographie et ses photos
de grande qualité où se côtoient des formes d’art sublimes et de véritables
escroqueries artistiques, morales et politiques.
Morales au sens où certains de ces fabricants n’ont même
pas le courage de dire à quoi ils jouent et détournent l’art de la provocation
dont la véritable vocation est de dénoncer l’art officiel, celui aussi de
l’extrême exposition médiatique et de la complaisance qui conduit dans une exubérance narcissique à
l’enfermement et la stérilisation de la création. L’art des commanditaires en
recherche de notoriété, celui qui intéresse la spéculation financière et le marché de l’art alimenté par certains
galeristes et marchands d’art, celui des bienfaiteurs sanctifiés par les médias
qui assurent leur promotion à l’aide d’aides fiscales prélevées sur l’argent de
notre travail et de nos impôts, celui quelquefois de la commande publique et
des politiques qui faute de briller par leurs contributions à la société espèrent
ici bénéficier d’un peu de lumière. Et nous éblouir un peu ? Sans oublier
de dire, que cet aréopage bigarré applique les mêmes recettes aux œuvres
patrimoniales et à celles qui le deviendront peut-être tout en rejetant dans l’ombre
de véritables pépites.
A ne pas
confondre avec ceux comme Marcel Duchamp et son urinoir qui lançait entre autres une alerte pour dénoncer ce système naissant qu’il tournait en dérision,
qui a fait bien d’autres choses et n’a pas fait fortune. Comme toujours, cette
audace a été détournée, singée jusqu’à la surenchère faute de véritable talent
et créativité à proposer et je pense aussi avec une certaine jubilation de berner
la fatuité et la cupidité des catégories cités précédemment. Avec également un sens des
affaires bien réel. Des amateurs de canulars n’ont pas raté l’occasion. En 1910
l’âne Lolo, encouragé par l’écrivain Roland Dorgelès, peignit (avec sa queue)
un « Coucher de soleil sur l’Adriatique » qui fut présenté au Salon
des Indépendants à Paris. On croit entendre le rire de Rabelais. A leur
décharge, les critiques d’art furent prudents ce jour-là.
L’art depuis toujours fascine et dérange aussi. Il parle
de nos sensibilités propres, les goûts et les couleurs comme on dit et aussi de
son époque et survit également à travers le temps ou quelquefois renaît de l’oubli.
Il parle au-delà de nos contingences et de nos croyances qui passent et
évoluent. Le grand Rembrandt fut critiqué en son temps d’avoir peint l’écorché
d’un bœuf observé dans un abattoir puis tancé par de grands bourgeois se
plaignant de ne pas se voir assez majestueux dans « La Ronde de
nuit » qui nous coupe encore le souffle aujourd’hui. Michel Ange, peignant
le plafond de la Chapelle Sixtine se fit taper sur les doigts par le pape. Trop
de belles chairs épanouies. Un temps, il y eut des toiles pour masquer ce qui
troublait tant les censeurs.
Heureusement l’art comme la vie qui l’inspire ne se
laisse pas durablement embrigader. Il ne marche pas au pas ni sous un drapeau.
Le psychologue Abraham Maslow (Vers une
psychologie de l’être 1968) a pu dire sans provocation parce qu’il le pensait
profondément qu’il avait quelquefois trouvé plus d’art dans la soupe d’une
cuisinière inspirée que dans des « œuvres » accrochées aux cimaises de
galeries spécialisées. Il n’y a bien entendu pas d’art accompli possible sans
désir, travail et apprentissage persévérant. L’art est partout, éphémère ou
durable. Il nous interpelle, nous apaise, nous inquiète, nous bouscule, nous
apporte de la sérénité, nous fait peur, nous pousse à la méditation, nous parle
de nous et des autres et de ce que nous ignorons chez les deux avec un langage
qui dépasse celui de l’agencement des mots de nos langues. Tel est fasciné par
l’énergie des tableaux de Kandinsky comme par la beauté plastique et la lumière
des tableaux de la Renaissance et reste dubitatif sur l’ultra noir chez
Soulages. J’en suis. Tout en appréciant d’en parler avec un ami qui perçoit lui
la luminosité de l’ultra noir et apprécie comme un enfant avec moi les tableaux
de la famille Breughel, de cet allumé de Johann Bosch, du magicien William
Turner,du japonais Hokusai si près de la nature et de la vie des hommes, la force expressive d’un masque africain...
Les artistes nous font participer à l’acte de création,
c’est leur magie, nous qui ne sommes pas de véritables créateurs en chatouillant la petite fibre que
nous avons tous comme nous avons tous une vésicule biliaire comme nous l’a
rappelé A Maslow. Faut-il préserver l’art et la création ? Bien sûr que
oui, et il y a beaucoup à faire et à défendre. Mais ne nous y trompons-pas, il
se préserve aussi tout seul, il est partout. Il suffit de sortir de chez soi
pour le rencontrer.