@Gollum
On retrouve toujours votre anti-humanisme. Votre post d’hier sur Sartre était caractéristique (Sartre philosophe du sujet et de la liberté individuelle). Vous voulez supprimer l’homme, tout ramener à des structures universelles, des mouvements universels, des cycles, etc. Ramener tout le vivant à une égalité parfaite, chaque vie en vaut une autre, sans hiérarchie entre les espèces, etc. On connaît tout ça. Mais le paradoxe, et je vous l’ai déjà dit, c’est que ce n’est pas du tout une philosophia perennis comme vous l’imaginez, vous reflétez la position consensuelle de l’homme moderne, plongé dans un univers hyper-technique, hyper-urbain. Comme l’a justement observé Spartacus, la nature est un mythe urbain, par réaction. Les philosophies de la nature sont apparues à la fin du XVIII e - début XIX e (Rousseau, Schelling, Schopenhauer), c’est-à-dire précisément au début de la période industrielle, et ce n’est pas un hasard. Avant, et ailleurs, le concept n’existait pas. Vous êtes consensuel, platement, dans le mouvement général, j’ai cité des films la dernière fois, mais on pourrait citer des bouquins, des penseurs, etc.
Sur les Grecs et le mythe, votre position est très superficielle. C’est un sujet très compliqué, moi-même j’ai du mal à comprendre, on ne comprend plus du tout le rapport des Grecs à la religion, on a toujours tendance à projeter nos représentations modernes. Il faut bien comprendre que pour les Grecs la religion était une affaire civile, tous les actes administratifs se faisaient en invoquant les dieux, avec des sacrifices, etc. (cf. Histoire des Institutions, t. 1, de J. Ellul). Les Grecs pouvaient être condamnés à mort pour impieté, qui était un crime contre la cité, c’est arrivé à Socrate, à Alcibiade lors de l’affaire de la mutilation des Hermès (cf. Thucydide, Plutarque), Aristote a dû s’exiler à la fin de sa vie pour y échapper, Euripide aussi il me semble. Bref, la tolérance des païens en matière de religion est une fable, mais les Grecs anciens n’entendaient pas du tout la même chose que nous par religion. Vous en faites une espèce de symbolisme, la traduction mythique de réalités spirituelles, c’est votre schéma mental constant, mais ce n’était pas du tout ça.
Quant aux Hébreux, par d’arts, pas de science en effet, vous auriez pu rajouter pas de sport, pas de gymnastique. Mais le peuple hébreu était écrasé entre des empires gigantesques (Mésopotamie, Égypte), et il s’est accroché à ce qui lui permettait de survivre, le culte, la Loi, pour ne pas être englouti et assimilé. Et force est de constater que ça a fonctionné. Entourés d’idolâtres, de sacrifices humains, d’astrologie, de divinations, etc., le peuple hébreu a maintenu la pureté du culte, l’aspiration à la justice qui donne la vie, etc. Nous lui devons la laïcité (séparation du culte et du pouvoir, critique du culte et du pouvoir à l’intérieur même de la Bible), et une vraie réceptivité aux aspirations morales des peuples voisins qui ont été recueillies dans le livre des Proverbes, les livres sapientiaux, etc. Si aujourd’hui vous pouvez critiquer les religions, c’est aux Juifs que vous le devez, sinon vous seriez en train d’offrir des sacrifices pour le pouvoir, comme ça s’est pratiqué partout et toujours. Donc tout le monde ici attaque les Juifs et la Bible, mais c’est votre os à ronger, le point stable par rapport auquel vous vous définissez, la référence intangible. Sans cela vous flotteriez dans le vide, avec les astres. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle vous y revenez tous sans cesse (cf. les délires de Mélusine, les articles de JP Ciron, les attaques de Séraphin Lampion, JC Lavau, Meruidos Nuctuallos, etc.).