• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile


Commentaire de Analis

sur Comment salir Danièle Obono ?


Voir l'intégralité des commentaires de cet article

Analis 10 septembre 16:39

Je pense que l’auteur se trompe sur la plupart des points.


D’abord, en soi, non, la représentation de l’esclavage dans le cadre d’une fiction n’a rien de dégradant. Pas plus que celle du meurtre, de la guerre, d’un génocide, du viol (y compris de masse) etc... Il est temps de cesser une certaine pudibonderie qui tend à devenir inquiétante, et qui interdit de représenter toute chose qui serait un peu choquante. Il est utile de choquer le public, de rappeler que nous ne vivons pas dans un monde de bisounours. Toute volonté de le dissimuler procède d’une intention de nature proprement totalitaire.


J’ai en tête plein d’œuvres de fiction qui non seulement représentent l’esclavage, mais en font même le centre de leur thème. J’espère quand même que Spielberg aurait encore le droit de réaliser Amistad  ! En revanche, je pense bien que le fait de montrer Danièle Obono dans une position d’esclave participe réellement d’un non-dit raciste. Car c’est bien parce qu’elle est noire qu’elle a été choisie pour ce rôle. Et ce ne sont certainement pas les protestations des auteurs, arguant qu’ils "ne font que montrer là une réalité historique", qui me démentiront. Car pourquoi seule elle, de ces figurines politiques contemporaines réelles, a-t’elle fait l’objet d’un tel traitement ? Pourquoi n’avoir pas représenté François Fillon en serf médiéval, ou en esclave athénien ? Parce qu’il y a bien là de la part des auteurs une volonté, non d’ « éduquer le public », mais de banaliser l’esclavage négrier (c’est-à-dire, celui qui visait les noirs parce que noirs). Ces journalistes se croient malins de nous « apprendre » qu’il y a eu des esclaves en Afrique subsaharienne ; mais ils ne font qu’énoncer là une grande banalité , parce que des esclaves, il y en avait dans toutes sociétés traditionnelles. On était là à des lieux d’un système proprement concentrationnaire qui déportait des gens en masse, sélectionnés pour être des serfs juste parce qu’ils étaient de la mauvaise couleur de peau et considérés comme des sous-hommes.


Additionnellement, il est intéressant de noter qu’ils n’ont rien trouvé de mieux que de décrire Mme Obono comme une esclave. Comme s’il n’y avait pas d’autre rôle qu’on pouvait attribuer à une noire africaine dans une ancienne société subsaharienne. Non, mettre en relief les innombrables aspects de la vie dans les États très élaborés de cette région du globe était vraiment au-dessus de leur force. Il faut vraiment que les Noirs d’Afrique soient des esclaves, ou des esclavagistes, des sauvages, tout le reste n’a jamais existé.


Cette bande dessinée procédait bien d’un ressentiment aigri de blancs imbus de leur supériorité, qui ne supportent pas qu’on leur remémore que leur civilisation a quand même été très oppressive, et ce à l’échelle du monde entier. Ainsi, dépeindre Fillon en esclave d’un seigneur français ou d’un riche athénien de l’Antiquité n’aurait eu aucune saveur à leurs yeux, car il aurait été montré sous la dépendance d’un maître blanc. En réalité, tout cela nous rappèle même qu’il leur était impossible de faire ce qui aurait été vraiment pertinent, à savoir montrer Fillon en esclave de maîtres noirs. Le gros, très gros hic, en effet, c’est que ça n’existait pas... Eh oui ! En fait, les crypto-racistes/colonialistes de Valeurs actuelles, bien à leur insu, ont fourni une excellente illustration de ce que l’esclavage négrier avait de spécifique ; et par-delà de la même spécificité de la domination blanche de ces derniers siècles.


En tout ça, oui, cette « démonstration » de ces journalistes qui se croient si malins est le symptôme d’héritiers de colonialistes non repentants, et donc prêts à recommencer exactement comme avant.


Voir ce commentaire dans son contexte





Palmarès