Toute prescription non justifiée par une loi de la Nature est
arbitraire et doit être suspecte. La loi doit avoir sa cause et cette cause
doit être démontrée ou démontrable.
Si l’ignorant a pu se soumettre à des préceptes imposés
arbitrairement, c’est parce que, sentant sa faiblesse, il a eu confiance dans
ceux qu’il a accepté pour maîtres, dans ceux à qui il a laissé le soin de
penser pour lui.
Mais celui qui se sent fort veut savoir le pourquoi des actes qu’on
lui impose.
Donc, pour être accompli le devoir doit être compris. S’il n’est pas
compris, s’il est imposé, il est bientôt considéré comme une tyrannie et secoué
à la première occasion.
Nous devons croire à la raison d’être des choses, pour les accepter.
Sans cette condition première : la foi, rien ne peut entrer dans
l’esprit des hommes.
Moins l’homme est contraint par la force, plus il est tenu par sa
conscience.
C’est parce que l’homme a une tendance qui s’accentue de jour en jour,
à étouffer la voix de la raison qui est en lui, que les premiers législateurs
ont cru utile de remplacer cette voix, trop souvent méconnue, par des lois. La
loi est la conscience publique. Elle est la base de la morale, et la morale est
la science des mœurs, la science des devoirs.
Il y a donc une loi morale supérieure, qui plane au-dessus des
institutions sociales actuelles, qui ne dérive pas d’elles, mais de la Nature.
Et, pour que l’ordre règne, il faut que les institutions sociales soient
désormais basées sur cette loi.
Rappelons que la dissolution des Etats, c’est-à-dire le désordre,
commença quand certains hommes, troublés par le mauvais esprit qui engendre
l’orgueil, voulurent mettre leur personnalité au-dessus des autres,
s’affranchir des lois établies et dominer les faibles. Cette révolte fut le
commencement de l’erreur sociale, c’est-à-dire de l’injustice.
Aujourd’hui, désordre et injustice, sont partout car devenus l’unique
programme politique, tout parti confondu.
La désobéissance civile devient donc une nécessité, presque une
survie.