Je suis d’accord sur le fait que ce film en forme de
documentaire à base de faits, de témoignages, d’opinions expurgés du flux
dominant des actualités a entraîné toutes sortes de disqualifications sur l’interprétation
des faits, la validité de témoignages dans leur fond et leur forme, la qualité
des réflexions par un procédé simple, habituel et efficace, réduire chaque type
de contenu à sa représentation la plus discutable afin de semer le doute sur l’ensemble
des contenus et la démarche sans oublier d’insister sur des effets de
dramatisation par des techniques de montage (bande sonore, découpage de plans
etc..que les médias mainstream ne rechignent pas non plus à utiliser).
Le documentaire a eu l’effet attendu de ses auteurs je suppose,
effet de surprise, de curiosité, d’accès à une information délaissée. Et aussi l’effet dont je parle, une
mobilisation forte de la critique qui se garde bien de commenter un
documentaire et la diversité de son contenu mais qui présente l’ensemble comme
sous-tendu par des thèses convergentes en insistant sur leur partialité, leur subjectivité
voire leur emphase. Du coup, on n’est pas sûr qu’au bout du compte le traitement
médiatique officiel n’en sort pas renforcé auprès du plus grand nombre. D’une
certaine manière, il me semble que vous le reconnaissez (cf citation qui suit).
Il se passe que l’effet obtenu, ce qui convient et qui est provoqué souvent par
les propagandes officielles, c’est le bon vieux clivage sur le mix
valeurs/émotions/faits retenus qui saturent le débat, opposent des convaincus pour
qu’il n’y ait pas de commencement de réflexion sur ce qui les oppose vraiment.Et on peut passer à autre chose.
« … pour en
revenir au film Hold Up, je ne l’ai pas vu comme un film à thème mais comme un
bilan provisoire, une compilation choisie de tout ce qui s’est dit, écrit ou
filmé, en dehors de la pensée dominante, depuis le début de l’année 2020. »
Il me semble qu’il y avait moyen de travailler un peu plus
les transitions, le montage, voire de faire des arbitrages dans les contenus si l’objectif
était de faire réfléchir le plus grand nombre de nos concitoyens. C’est facile
de commenter après. Néanmoins, je donne simplement mon point de vue sur les
effets que je vois.
« tous ceux qui
sont intégrés dans une société, via leur classe sociale, ne sont pas appelés à
remettre en cause leurs fondamentaux. »
Tous, c’est beaucoup. Plus sérieusement, il y a un nombre
non négligeable de salariés aux statuts enviables, d’indépendants, de petits et
moyens patrons qui se rendent compte que nous allons dans une impasse et que
nos classes dirigeantes n’arrivent plus à conjuguer à minima les conditions d’une
forme de paix et de justice sociale. Ils partagent le constat que cela devient
insupportable et risqué. Je pense qu’il y a une attente pour une société
pacifiée, capable de se rassembler et de décider démocratiquement des grands
choix à faire. Démocratiquement signifie aussi admettre d’être minoritaire
parce qu’il y a un débat public loyal, qu’il y a un équilibre acceptable entre
l’intérêt général et la diversité des situations sociales et patrimoines. Bien
sûr ils n’ont pas le vécu de l’humiliation sociale ni des fins de mois
difficiles mais je pense que le voile médiatique et ce qu’il nous donne à voir et
à entendre est trompeur. Il fabrique à la fois du lien social tout en étant l’objet
de défiance. Ce faisant il entretient toutes sortes de divisions dans le pays
en escamotant le plus souvent les causes structurelles ce qui d’une certaine manière perpétue les jeux politiques et le maintien des
classes dirigeantes. Le lien suivant montre
à mon sens qu’il y a néanmoins une attente très large de changement sans
illusion sur la classe politique ni les institutions actuelles.Il y a du travail.
https://www.sciencespo.fr/cevipof/sites/sciencespo.fr.cevipof/files/CEVIPOF_ confiance_10ans_CHEURFA_CHANVRIL_2019.pdf