Intéressant papier relatif au Show Diversitaire...
"Pour Anne-Sophie
Chazaud, la fascination de médias français pour la cérémonie
d’investiture de Joe Biden témoigne d’une colonisation des imaginaires
par les industries de la communication, de l’information et de la
culture américaines.
La cérémonie d’investiture du 46ème président des Etats-Unis a donné
lieu à un curieux spectacle, quelque part entre le mauvais remake de
House of Cards – relevant à ce titre précisément de la société du
Spectacle portée à sa quintessence dès lors que le politique s’y réduit
–, la dramatisation à outrance et le pathos parfois grotesque dont les
Américains sont si friands, mais aussi à une débauche de fascination de
la part des médias français mainstream et d’une partie de la classe
politique à qui il eût été judicieux de rappeler que la France n’est pas
une province de l’Empire non plus qu’elle n’est représentée par quelque
étoile du fameux drapeau, et que jamais une cérémonie d’investiture
d’un président français ne donnerait lieu à une semblable débauche
d’énergie médiatique outre-atlantique.
Anne-Sophie Chazaud, philosophe et essayiste, vient de publier Liberté
d’inexpression, nouvelles formes de la censure contemporaine aux
Editions de l’Artilleur.
Les directs se sont enchaînés sans discontinuer depuis Washington,
escamotant toute autre information, comme si subitement le monde entier
ne dépendait plus que de la manière dont Lady Gaga allait chanter (tout
un programme, en soi, résumant bien l’aspect burlesque de la
situation…), les yeux brillaient, l’enthousiasme était à son comble, des
ministres du protectorat de la Gaule en Marche twittaient la larme à
l’œil, bref, rien ne manquait pour une cérémonie qui, Covid oblige,
était encore davantage que d’habitude, destinée à être vue de par le
vaste monde plutôt que vécue : pas de citoyens sur le trajet du véhicule
présidentiel dont on ne nous épargna pas la description minutieuse au
gramme près, mais des téléspectateurs par centaines de millions dont on
se demandait s’ils pouvaient commander cette série directement depuis
Netflix en se faisant livrer des pop-corns par quelque prolétaire de
l’ubérisation, de ceux qui pédalent pendant le spectacle et à qui la si
démocrate et bien-pensante Californie a refusé d’octroyer un statut
social protecteur le jour même où elle a voté massivement pour Joe Biden
afin de faire triompher le camp du Bien.
On ne saurait évidemment reprocher au peuple américain d’être attaché à
la symbolique, en quelque sorte à la sacralité mise en scène du pouvoir,
et notamment, en l’occurrence, à la symbolique de la passation
démocratique de celui-ci au gré des alternances politiques, dont la
manifestation publique est le garant de l’attachement à la démocratie
elle-même. On comprend bien que cette symbolique a été quelque peu
écornée pendant 4 ans par un président qui entretenait avec le registre
du symbolique des relations plus que lointaines et fantaisistes, puis
particulièrement mise à mal cette année par les épisodes
psychodramatiques rocambolesques qui avaient agité le Capitole quelques
jours plus tôt, pris d’assaut par quelques illuminés pro-Trump dans une
sorte d’insurrection en carton-pâte, télégénique à la manière d’un
vidéo-clip des Village People ou d’un film d’animation Disney.
Tout fut fait du reste lors de l’investiture pour dramatiser et
théâtraliser à outrance cette thématique d’une démocratie qui aurait été
sauvée par l’intervention quasi-divine du président cacochyme et de son
faire-valoir diversitaire, en l’occurrence Kamala Harris : spectacle
délibérément hollywoodien de ces soldats « protégeant » le Capitole contre
quelque réincarnation de Batman ou de Davy Crockett, jonchant le sol
armes à la main tels des marines à la veille de la bataille de Saïgon ou
du débarquement de Normandie. Il fallait bien mettre les moyens pour
que le show rencontre son public.
La question se pose de comprendre ce que traduit cet engouement
français pour une cérémonie qui ne la concerne pas
Par-delà la question du spectacle aux ressorts grossiers, la question se
pose de comprendre ce que traduit cet engouement français pour une
cérémonie qui ne la concerne pas car, certes, la France et les
Etats-Unis ont une histoire commune depuis de longs siècles mais on
doute que cette fascination-là relève du souvenir de la lointaine
Louisiane ou de l’appui de La Fayette aux fondateurs d’une démocratie
qui précéda de peu la Révolution française, non plus que de
l’attachement à la littérature d’un Hemingway ou d’un Faulkner qui
n’auraient certainement plus le droit d’écrire une ligne dans l’Amérique
actuelle. Un tel attachement aurait des racines culturelles
enrichissantes mais elles ne constituent hélas pas le ressort de la
situation contemporaine.
Celle-ci relève bien davantage d’un ensemble de mécanismes pernicieux.
La colonisation des imaginaires, tout d’abord, par le biais de l’Empire
de la « culture » de masse et des industries d’information et de
communication dont on a pu voir quelle part active elles avaient prise
en s’invitant directement dans l’élection afin d’y promouvoir leur
candidat, quitte à purger et épurer les réseaux de toute pensée
dissidente.
Cette fascination a par ailleurs permis aux zélateurs d’une conception
minoritariste de la société, communautariste, victimaire, larmoyante,
phobophobique à souhait, de prendre leur revanche sur toute une partie
honnie et méprisée (les « deplorables » de Hillary Clinton) des peuples
occidentaux tentée par le fameux repli sur soi des « populistes » opposés à
l’immigration de masse non désirée, attachés à leur identité culturelle
et désireux de ne plus être invisibilisés par l’idéologie politiquement
correcte dominante. C’est bien tout un « camp » qui exultait devant
l’investiture de Joe Biden, le même qui n’a jamais considéré que les
lynchages et les émeutes du mouvement Black Lives Matter mettaient en
danger la démocratie non plus que les saccages des antifas lors de
l’élection de Donald Trump, un camp qui, de ce côté de l’Atlantique
fustigeait les Gaulois réfractaires ou les Britanniques obstinés de la
perfide et indépendante Albion, un camp qui revendique l’atomisation des
sociétés en une foultitude de minorités geignardes ce qui permet
d’escamoter sans scrupules les actions réelles menées sur le terrain
social, un camp que les errements terrifiants du campus d’Evergreen ne
dérangent pas, un camp qui, comme Obama, ne comprend pas voire fustige
certains Noirs ou hispaniques pour avoir voté Trump au lieu d’avoir
fondé leur vote sur le seul et imbécile critère régressif de la
prétendue race. Un camp qui a beau jeu désormais de n’appeler à l’unité
que lorsqu’il est aux manettes.
Pendant le grand show diversitaire, la grande diversion pourra de
nouveau battre son plein sur fond de guerre menée contre les
souverainetés populaires
Un camp, aussi, qui n’a jamais vu de problèmes à ce qu’au nom du Bien
l’on s’engouffre derrière les Etats-Unis pour conduire toutes sortes de
guerres de déstabilisation qui ont, en particulier et pour la période
qui nous occupe, considérablement contribué à produire les conditions du
terrorisme islamiste. Un camp qui inventa des armes chimiques dans la
plus grande fake news de l’histoire contemporaine, par exemple.
Bref, ce fut la fascination onaniste d’un camp auto-satisfait d’avoir
vite repris les rênes d’une société américaine dont on dit, depuis
quelques décennies, qu’elle préfigure toujours avec quelques années
d’avance ce qui se passera ensuite en Europe. Autant dire que, pendant
le grand show diversitaire, la grande diversion pourra de nouveau battre
son plein sur fond de guerre menée contre les souverainetés populaires.
Mais enfin, puisqu’il paraît que la démocratie a été sauvée, chacun
peut aller dormir tranquille après le spectacle…"
Anne-Sophie Chazaud
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