« Pourquoi si
bien prévoir et pouvoir si médiocrement ? J’ai toujours eu le tort de ne
pas viser assez haut, excès de fausse modestie, fausse fierté, méfiance
exagérée de soi-même, sentiment d’impuissance ». C’est par cette
citation de Jacques Bainville, célèbre historien de l’Action française,
que débute le copieux et passionnant entretien d’Éric Zemmour sur Livre Noir, publié ce dimanche sur leur chaîne YouTube.
Le choix de cette citation n’est pas anodin, alors que la possibilité d’une candidature de l’éditorialiste de CNews
à l’élection présidentielle n’est plus une prédiction fantaisiste.
Zemmour l’avait lui-même commentée dans une récente recension d’un
ouvrage consacré à Jacques Bainville, qui regrettait de n’être jamais
passé à l’action à défaut d’avoir prophétisé dès 1920 dans Les Conséquences politiques de la paix la montée du fascisme, la guerre et la défaite française. Éric Zemmour craint indéniablement de suivre la même voie – « Moi aussi, depuis 20 ans, j’ai annoncé, prophétisé. […] Je ne peux pas ne pas penser à moi dans les mêmes circonstances » – et annonce sa volonté d’agir plus directement : « Je
ne peux pas m’empêcher de penser qu’il faut passer à l’action, car même
la prévision, la prédiction, la prophétie ne suffisent pas ». Le
message est on ne peut plus clair : Zemmour envisage sérieusement de se
porter candidat à la prochaine présidentielle. Il se montre par ailleurs
tout à fait insatisfait du duel annoncé entre Emmanuel Macron et Marine
Le Pen : « Leurs forces sont leurs faiblesses. Ils sont complices, l’un a besoin de l’autre ». Et de préciser : « Ils commencent à parler l’un comme l’autre ». Il va sans dire que sa candidature rebattrait toutes les cartes de l’élection.
Zemmour affirme plus loin, contre ceux qui l’accusent d’en rester aux belles paroles, qu’il fait « de plus en plus de propositions »
(preuve qu’il prépare un programme de gouvernement ?), bien que le
problème de la classe politique française ne soit pas d’après lui
l’absence de volonté d’action, mais bien plutôt l’absence de diagnostic
sérieux. « Ils font tous des propositions sur la sécurité. Ce n’est
pas le sujet. La sécurité est un problème car nous vivons une guerre de
civilisations sur notre sol ». À la question de savoir ce qui
différencie les politiciens d’hier et ceux d’aujourd’hui,
l’éditorialiste pointe du doigt la grande inculture contemporaine : « Nicolas
Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron ont en commun de ne rien
connaître de l’histoire, ni dans les livres, ni dans leur chair ». Et d’ajouter que les politiciens d’aujourd’hui « ne comprennent rien à ce qui est en train de se produire ». Pour les rares qui savent : « Pourquoi n’agissent-ils pas ? Par lâcheté ? » « Oui ».
C’était inévitable, l’entretien, dont l’ambition est de montrer de « nouvelles facettes »
de l’intéressé, a largement tourné autour de l’islam et de
l’immigration, thèmes obligatoires pour penser les problèmes
d’aujourd’hui. Différence d’essence entre christianisme et islam,
flagrance du Grand remplacement, impossibilité d’assimilation des masses
musulmanes et incompatibilité de l’islam avec la République, toutes ses
thèses habituelles y sont reprises et déclinées. « Qui veut la paix prépare la guerre » conclut-il.
Y a-t-il des sujets sur lesquels vous avez changé d’avis ? ».
Sur un thème qu’il aborde peu souvent, Zemmour explique que sa vision
de la Révolution française est devenue bien plus conservatrice
qu’auparavant avec la lecture d’Hippolyte Taine, et l’éditorialiste va
même jusqu’à évoquer Edmund Burke et Joseph de Maistre. La pique au
culte de la Révolution enseigné à l’école est évidente : la Révolution
est un bloc, et « la Terreur commence le 14 juillet 1789 ».
Contre les accusations de misogynie à son endroit, le journaliste met en cause le féminisme moderne qui « ne défend pas les femmes, mais l’indifférenciation ». Il va jusqu’à le qualifier de « dangereux, criminel et totalitaire », rappelant au passage que la seule chose qui menace les femmes françaises est l’islam. « Je ne vois pas qui est meilleur défenseur des femmes que moi » ajoute-t-il.
Autre sujet intéressant qui est abordé : son rapport à la religion.
Lorsque l’intervieweur lui demande s’il est pratiquant, le polémiste
affirme après une courte hésitation qu’il est « très modérément pratiquant »,
et poursuit en expliquant que l’assimilation a poussé sa famille à
délaisser progressivement la pratique assidue de la Torah. Opposant
encore islam et christianisme, il affirme que ce dernier est un judaïsme
qui abandonne sa dimension pratique pour « mettre le projecteur sur l’amour et la Foi ».
Pour appuyer son
propos sur l’assimilation, il mentionne l’exemple de sa propre famille :
des pieds-noirs arrivés en France durant la guerre d’Algérie et
rapidement assimilés à la culture occidentale. Si son grand-père
paternel parlait un français approximatif et avait une « orthographe folklorique »,
son père maîtrisait parfaitement notre langue, lisait les écrivains
français et mettait ses enfants à l’école française. Les Zemmour n’ont
jamais regretté ce parcours d’assimilation, bien au contraire : « Mes parents n’étaient absolument pas nostalgiques de l’Algérie ».
Concernant les réseaux sociaux, le journaliste voit dans la fermeture du compte Twitter de Donald Trump en janvier 2021 « une date historique ». Jusqu’alors, les réseaux sociaux avaient permis de court-circuiter la bien-pensance : « Nous
vécûmes une période où les réseaux sociaux ont permis de briser le
monopole médiatique, qui reposait sur une uniformisation idéologique ».
Janvier 2021 marque au contraire la volonté des médias de verrouiller
internet pour maintenir cette domination. Il compare à ce titre les
réseaux sociaux à l’imprimerie, qui avait engendré la diffusion rapide
de nouvelles idées – protestantes – et avait donc subi des tentatives
nombreuses de contrôle par le clergé. « Les réseaux sociaux, c’est l’imprimerie de notre temps ; les prêtres, ce sont les journalistes ».
Zemmour rappelle cependant que ce n’est pas Macron qui contrôle la
presse et qui veut maintenant verrouiller internet, mais que c’est la
presse qui fut idéologiquement macronienne – donc progressiste – bien
avant que Macron ne soit. Des deux, les Français en ont plus qu’assez.