Au-delà du cas gaulois, c’est l’apparition sur tout le pourtour méditerranéen de l’architecture dite romaine qui pose question. Le cas des villes puniques d’Afrique du Nord est particulièrement éloquent. L’ancienne Carthage aurait été rasée jusqu’à ses fondations par les Romains avant de construire la ville dont on peut toujours voir les vestiges. Plus aucune trace de la ville phénicienne du temps de sa splendeur. Difficile à croire. Et encore plus difficile à croire quand on s’intéresse à Utique, sa voisine ralliée à Rome. Elle n’a pas été détruite et pourtant là aussi, on ne nous montre que du romain. Les villes phéniciennes étaient manifestement biodégradables.
Coïncidence ou pas, les plus anciennes constructions maçonnées au mortier de chaux ont été identifiées à Chypre au 8ème siècle avant J.C. Quand on sait que Chypre était le principal relais des villes phéniciennes du Levant vers l’Occident, il y a de quoi se poser des questions. Cette architecture au mortier de chaux dite romaine ne serait-elle pas en réalité une architecture phénicienne diffusée en Occident par Carthage et ses colonies ? Les vestiges actuels présentés comme romains de Carthage et ses consoeurs seraient alors ceux des villes puniques à leur apogée. Rome se serait inspirée à la fois des Grecs et des Phéniciens ; l’histoire retrouve son sens.
Dans ce contexte, les Gaulois auraient eux aussi très bien pu être influencés par les Phéniciens et imiter leur architecture particulièrement adaptée au climat local. Les villes modernes rencontrées par César en Gaule, notamment Avaricum, étaient donc bien construites au mortier de chaux comme sur tout le pourtour méditerranéen à cette époque. Clin d’oeil de l’histoire, la conquête romaine s’est achevée à Alésia qui nous renvoie à Alashiya, l’ancien nom de Chypre. La boucle est bouclée.