@jefresi
Bonjour et
merci pour ton intervention.
Je suis d’accord
avec tout ce que tu as écrit. Je vais donc seulement préciser quelques points.
Tu dis que j’ai
fait « l’impasse politique du morenisme sur la question des guérillas en
Amérique du Sud ». Il est exact que j’en ai peu parlé mais il ne s’agit
que de la présentation d’un livre. Je reviendrai sur ces questions dans le
livre.
J’ai le
souvenir précis du temps où, dès 1967-68, le « guérillérisme » était
très à la mode chez les partisans du mandélisme (Que nous appelions le pablisme
à l’époque alors que Pablo était déjà passé à autre chose). J’avais le plus
profond mépris pour les guérilléros du quartier latin avec leur tenue
caractéristique… Ils avaient publié dans une de leur revue (Avant-Garde), en
première page, la photo d’un char d’assaut en indiquant avec des flèches les
emplacements où il fallait lancer des cocktails molotov. Ils étaient ridicules
avec ces idioties. Nous (les lambertistes) étions les seuls à cette époque à
dire qu’il fallait en France combattre notre bourgeoisie, que la lutte des
classes n’était nullement arrêtée dans les pays capitalistes... Les mandéliens à
l’époque ne voyaient de salut que dans le soutien à la lutte dans les pays du
tiers monde ou dans le soutien aux combattants du Vietnam. S’ils étaient bel et
bien ridicules, par contre cette politique guérillériste n’avait rien de
comique en Amérique Latine. Elle a fait de nombreux morts et elle a détruit des
organisations trotskystes. Cela fut réellement dramatique. Nahuel Moreno était
effectivement le seul à combattre pour la construction de partis
révolutionnaires capables de se porter à la direction de la classe ouvrière
malgré les trahisons des partis petits-bourgeois et staliniens.
Pour ce qui
est des éternelles critiques concernant Kronstadt, je réponds sur plusieurs
points.
Une première
réponse me permet légitimement de ne pas avoir à aborder la question. Je
défends le trotskysme et les trotskystes. Je ne suis nullement contraint de
défendre tout ce qu’à fait Trotsky dans son enfance, son adolescence ou avant
qu’existe le trotskysme c’est-à-dire avant 1924. Ceux qui remettent sans arrêt
cette question sur le tapis cherchent à apporter leur contribution au flot de
calomnies concernant les trotskystes. Il leur faut coûte que coûte expliquer
que les trotskystes sont d’affreux sanguinaires. Or, je le répète, je les mets
au défit de montrer un cas où les trotskystes auraient été responsables de la
moindre goutte de sang versé. En agissant ainsi, il se placent du côté des
massacreurs en apportant une caution aux nazis et aux staliniens qui ont
massacré tant et tant de trotskystes. Les trotskystes sont avant tout des victimes.
Ce n’est que par des insinuations et des sous-entendus qu’ils veulent inverser
les rôles et cherchent à en faire des bourreaux. Je répète qu’il n’y avait pas
de trotskystes en 1921 ni à Kronstadt ni ailleurs parce que le trotskysme n’existait
pas avant 1924.
Pour ce qui
est de la défense de Trotsky, et non pas du trotskysme, il faut d’ailleurs
noter que ce n’est qu’à partir de mars-avril 1917 qu’il a adhéré au parti bolchévik
et qu’il a ainsi rejoint Lénine. C’était donc auparavant Lénine qui avait
raison sur la question du type de parti qu’il fallait construire pour faire la
révolution. Trotsky a cependant apporté sa contribution avant 1917 pour faire
progresser le mouvement ouvrier avec sa théorie de la révolution permanente.
Lénine avec les « thèses d’avril » l’a rejoint sur ce point.
Concernant les
événements de Kronstadt proprement dit, il faut avant tout souligner l’énorme
calomnie qui consiste à faire croire que ceux qui étaient dans la forteresse
étaient les mêmes que les vaillants révolutionnaires de 1905 ou 1917. Entre les
deux, il y avait eu la guerre civile et ces vaillants révolutionnaires n’étaient
pas restés confortablement installés à l’abri dans cette forteresse. Ils avaient
combattu avec Trotsky et l’armée rouge. Nombre d’entre eux étaient morts. S’il
y en avait encore alors ils étaient du côté de l’armée rouge. Ils faisaient
partie de ceux qui se sont lancés plusieurs fois à découvert sur la glace à l’assaut
de la forteresse. Ils se sont faits massacrer en grand nombre pour mettre un
terme à cette chouannerie. Que voulaient ces soi-disant anarchistes ?
Alors que le pays était dans la misère, ils refusaient de partager le lot
commun. Rappelons que la Russie était un pays arriéré qui venait de subir une terrible
guerre civile après plusieurs années de guerre impérialiste. C’est à ce prix là
que la révolution fut victorieuse. Tout le monde devait maintenant payer le
prix du sacrifice.
Remarquons d’ailleurs
avec quelle insistance ils veulent s’en prendre à Trotsky comme si les autres
bolchéviks n’étaient pas d’accord. Remarquons aussi que tous les scribes qui
commentent insistent pour établir une relation de cause à effet entre ces
évènements et le fait que Lénine et les bolchéviks ont, peu de temps après, appliquer
la politique de la NEP. Comme si seuls les évènements de Kronstadt expliquaient
cette nouvelle politique.
Ceux qui veulent
vraiment se renseigner sur les évènements de Kronstadt, peuvent lire l’excellent
livre de Jean-Jacques Marie mais je doute que ceux qui sont si prompt à vouloir
salir le trotskisme soient réellement intéressés.
A défaut ils pourraient lire l’interview de Jean-Jacques Marie sur le sujet.