Je vais faire une intervention qui devrait être faite par les militants du mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Il me semble qu’ils sont défaillant. Je suis loin de partager complètement l’avis de Mélenchon mais il me semble qu’il est différent de ce que j’en ai entendu dire par ses propres militants.
Je donne donc la transcription en deux parties de son discours à l’assemblée nationale.
======================première partie ===========================
Quelles
que soient les causes de l’invasion de l’Ukraine rien ne peut l’excuser ni la
relativiser. La menace que contient cette invasion c’est celle d’une guerre
mondiale totale et cela en fait un crime contre l’intérêt général humain de
notre temps. Le gouvernement de M. Poutine en porte la totale responsabilité
puisque c’est lui et personne d’autre qui est passé à l’acte. De la sorte, l’honneur
de la condition humaine est évidemment dans la résistance des ukrainiens mais
elle est aussi dans la résistance des russes eux-mêmes : ceux qui avec
courage manifestent contre la décision de guerre de leur propre pays. Ils
témoignent pour l’aspiration universelle à la paix. Leur manifestation nous
donne un modèle d’action. Elle mine politiquement la cohésion de l’appareil du
gouvernement russe. Dès lors, ne l’oublions jamais, le peuple russe n’est pas
notre ennemi. Nous, français, ne le confondons pas avec le régime nationaliste
qui est en place. Nous savons désormais dans quelle alternative nous sommes
enfermés. Aucune participation à la guerre ne pourrait rester limitée :
actions et réactions s’enchaîneraient implacablement et sans limite face à une
puissance nucléaire comme la Russie, la destruction nucléaire générale serait l’horizon
prévisible. D’ailleurs, M. Poutine n’a pas hésité à en menacer lui-même le
monde. Dès lors, si frustrant que cela soit, le seul chemin rationnel est celui
de la paix. Il porte un nom clair : la désescalade. Si frustrant que ce
soit, l’alternative reste simple : ou bien la diplomatie ou bien la guerre
totale. Tout doit aller à la diplomatie et rien, si peu que ce soit, à la
guerre. Méfions-nous des solutions improvisées et des conforts de posture. Les
moyens que nous employons ne doivent jamais pouvoir se retourner contre nous.
Pourtant, je regrette que l’Union Européenne ait décidé de « fournir des
armements nécessaires à une guerre », selon les termes du commissaire Joseph
Borel chargé des relations extérieures. Cette décision ferait de nous des
cobelligérants. Un engrenage s’enclenche : avec quelle légitimité ? Quand
notre parlement l’a-t-il décidé ? Pourquoi avoir rompu ce que le
commissaire Borel a lui-même qualifié de « tabou de l’histoire de l’Union »
à savoir « ne jamais fournir d’armes à des belligérants ». Orienter
ces armes à partir de la Pologne, terre d’OTAN, n’est ce pas se mettre à la
merci de toutes les provocations de parties prenantes au conflit ? Couper
le circuit financier Swift n’est ce pas engager une escalade mondiale en
poussant russes et chinois à utiliser désormais exclusivement leurs propres
circuits ? Quel avantage pour la paix ? Mieux voudrait plutôt prendre
une initiative diplomatique radicale. C’est-à-dire accepter de traiter,
franchement, directement, le fond du problème posé : la sécurité de chaque
nation en Europe. Cette question est restée ouverte après l’implosion de l’URSS
puisque, pour la première fois dans l’histoire contemporaine, un empire s’est
effondré sans qu’on discute les nouvelles frontières. C’est possible. L’outil
existe. Il faut pour cela ouvrir une cession extraordinaire de l’Organisation
pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Organisation créée pour
cela par les accords d’Helsinski en 1975. Ce moyen existe ;
déclenchons-le. La solution existe aussi. C’est la proclamation de la
neutralité de l’Ukraine. Le président Zélenski s’y est dit officiellement prêt.
D’ailleurs, cette neutralité avait été adoptée par le parlement de l’Ukraine en
1990, le jour de sa déclaration de souveraineté par 339 voix contre 5. Cette déclaration
dit que : « l’Ukraine déclare solennellement son intention d’être un
état perpétuellement neutre qui ne participe à aucun bloc militaire ».